|
INTRODUCTION
L'athérome
est défini par l'Organisation Mondiale de
la Santé comme une "association
de remaniement de l'intima des artères de
gros et moyen calibre consistant en une
accumulation focale de lipides, glucides
complexes, de sang et de dépôts calcaire,
avec remaniements de la média". (Les
termes "athérome" et "athérosclérose" sont
synonymes).
Le développement de l'athérome se fait de
façon chronique, débute dès l'enfance et
progresse de façon silencieuse (plaque athéromateuse
stable). Il est marqué par des poussées
évolutives (plaque athéromateuse compliquée)
qui correspondent aux tableaux cliniques
des maladies cardiovasculaires (syndromes
coronariens aigus, ischémie aiguë des membres
inférieurs ou accident vasculaire cérébral)
et qui font toute la gravité de cette affection.
Par ces poussées évolutives, l'athérome
représente la principale cause de morbidité
et de mortalité des pays industrialisés.
Le mécanisme de développement de l'athérosclérose
et de ses complications reste incomplètement
connu, mais les études de population ont
permis de mettre en évidence des facteurs
de risque dont la prise en charge permet
de réduire l'incidence de la maladie.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
1 - Structure
normale de l'artère :
1.1 -
L'intima
est faite de cellules endothéliales reposant
sur une zone sous-endothéliale pauvre en
cellules, de structure lâche.
1.2 - La média
est la tunique moyenne, la plus épaisse.
Elle est limitée de part et d'autre par
les membranes limitantes élastiques interne
et externe, elle est composée de cellules
musculaires lisses et d'un réseau de collagène,
élastine, et de mucopolysaccharides. Suivant
la prédominance de fibres élastiques ou
de cellules musculaires on distingue les
artères élastiques, gros vaisseaux proximaux,
opposées aux artères musculaires, les petites
artères périphériques particulièrement douées
de vasomotricité.
1.3 - L'adventice
est la tunique externe formée de tissu conjonctif
peu organisé.
2 - Fonctions
de la paroi artérielle.
La paroi artérielle
n'est pas qu'un simple conduit, mais possède
des propriétés de synthèse, des propriétés
mécaniques et comporte des récepteurs à
des substances chimiques.
2.1 - Les fonctions de l'endothélium
2.1.1
- Les cellules endothéliales ont
des fonctions de transport actif et passif
de nombre de constituants sanguins parmi
lesquels les lipoprotéines.
2.1.2 -
Les cellules endothéliales peuvent élaborer
des produits ayant une action sur les éléments
figurés du sang et sur la paroi vasculaire
elle-même, en particulier sur la média.
prostacycline qui inhibe les fonctions plaquettaires
et qui est vasodilatatrice,
activateur tissulaire du plasminogène,
substances vasodilatatrices agissant sur
les fibres musculaires lisses de la média
(EDRF, prostacycline (PGI2)),
substances vasoconstrictrices : endothéline,
L'endothélium constitue ainsi la plus volumineuse
glande paracrine de l'organisme .
2.1.3 - L'endothélium
est sensible à des stimulis :
par l'intermédiaire de récepteurs membranaires
(muscariniques, alpha 2 adrénergiques, vasopressine,
sérotonine....),
messagers physiques : l'augmentation du
flux (étirement) entraîne une vasodilatation,
médiateurs locaux : vasodilatation régulée
par la thrombine, l'ADP, la sérotonine,
les catécholamines, le PAF,
conditions métaboliques : l'anoxie potentialise
la vasoconstriction.
2.2 - Les fonctions
des cellules musculaires lisses.
2.2.1 -
Les cellules musculaires lisses ont une
fonction contractile qui assure la vasomotricité
et le tonus artériel. La vasomotricité est
régulée par les messagers agissant sur l'endothélium
qui transmet l'ordre aux cellules musculaires
lisses par l'intermédiaire d'un second messager.
2.2.2 - En outre, les cellules musculaires
lisses assurent des fonctions métaboliques
en particulier la sécrétion de matrice extra-cellulaire
de la média et le catabolisme des lipoprotéines
LDL.
3 - Le vieillissement
artériel
Physiologiquement,
au cours du vieillissement, la paroi artérielle
s'épaissit, les fonctions endothéliales
et les cellules musculaires lisses se modifient
avec pour conséquence une augmentation de
la rigidité artérielle, une perte de compliance
et de vasomotricité .
3.1 - Altérations
des fonctions endothéliales.
Avec l'âge, les cellules endothéliales peuvent
subir une destruction au moins focale qui
diminue la fonction endothéliale : la perméabilité
de l'intima au flux de constituants sanguins
se trouve augmentée (lipoprotéines, cellules
mononuclées).
3.2 - Les cellules
musculaires lisses perdent leur phénotype
contractile et adoptent le phénotype sécrétoire
ce qui conduit à la synthèse de collagène
et à la fibrose progressive de la paroi
artérielle.
4 - Les différentes lésions d'athérome.
Les lésions d'athérome évoluent selon plusieurs
stades : la strie lipidique est une phase
précoce et réversible, la plaque athéromateuse
simple puis la plaque compliquée qui explique
l'expression clinique de la maladie.
4.1 - La strie
lipidique. C'est le premier stade
de l'athérome. Les stries lipidiques apparaissent
très tôt dans la vie (dès l'enfance). C'est
une structure réversible mais qui peut évoluer
vers la plaque d'athérome. La strie lipidique
est constituée de l'accumulation, dans l'intima,
de cellules spumeuses. La cellule spumeuse
est un macrophage ou une cellule musculaire
lisse ayant migré dans l'intima et chargée
d'esters de cholestérol (LDL oxydées) .
L'accumulation de cellules spumeuses réalise
la strie lipidique, visible au niveau de
l'endothélium comme une protrusion linéaire
de l'endothélium, de couleur jaune .
Elles sont plus fréquemment retrouvées au
niveau des bifurcations artérielles.
4.2 - La plaque
athéromateuse simple
4.2.1 -
La plaque athéromateuse simple est un nodule
fibrino-lipidique situé dans l'intima. C'est
une évolution de la strie lipidique .
Elle est constituée de deux parties : le
centre lipidique (aussi appelé core lipidique)
et la chape fibreuse, riche en fibres collagène,
cellules musculaires lisses et matrice extracellulaire
.
La chape fibreuse sépare le core lipidique
du reste de l'intima. Le core lipidique
contient des lipides, des macrophages, des
lymphocytes T et des cellules musculaires
lisses. Les cellules spumeuses sont localisées
dans la couche profonde de la chape fibreuse
et dans le core lipidique .
La chape fibreuse est formée de cellules
musculaires lisses, de matrice extracellulaire
et de fibres de collagène. La média de l'artère
est normale à ce stade, mais il existe une
destruction de la membrane élastique interne.
4.2.2 - Remodelage
artériel : le volume de la plaque
athéromateuse peut parfois être très important.
Lors de l'augmentation du volume de la plaque,
il se produit le plus souvent un " remodelage
" de l'artère qui correspond à une augmentation
du diamètre de l'artère, permettant de préserver
son calibre. C'est un mécanisme d'adaptation
de l'artère qui retarde la survenue des
sténoses. 
4.2.3 - La plaque
d'athérome entraîne progressivement
une réduction du calibre de la lumière artérielle,
malgré le phénomène de remodelage. Cette
obstruction à l'écoulement du sang peut
être la cause de symptômes comme l'angor
d'effort ou la claudication intermittente
des membres inférieurs.
4.3 - La plaque compliquée.
La transformation d'une plaque simple en
plaque compliquée est le résultat de phénomènes
inflammatoires locaux responsables, par
l'intermédiaire d'une thrombose, des manifestations
cliniques aiguës de l'athérome. On distingue
trois types de complications :
4.3.1 -
Ulcération de la plaque : correspond à l'érosion
du tissu endothélial au niveau de la plaque
et entraîne l'adhésion plaquettaire et l'initiation
d'une thrombose pariétale. Cette thrombose
peut être complète ou non.
L'évolution se fait vers l'incorporation
du thrombus dans la paroi du vaisseau, augmentant
ainsi le volume de la plaque et son caractère
sténosant.
4.3.2 -
Rupture ou fissure de la plaque : principale
cause de thrombose aiguë, la rupture de
plaque est le résultat de phénomènes mécaniques
(augmentation de la tension lors de l'augmentation
du volume de la plaque et amincissement
de la chape fibreuse) et chimique (production
de métallo protéases et enzymes protéolytiques).
La rupture de plaque met des substances
thrombogènes en contact avec le sang.
Cette thrombose peut être complète ou non
et peut être à l'origine d'emboles cruoriques
dans l'aval du vaisseau. 
4.3.3 -
Hémorragie intra plaque
: la plaque athéromateuse possède une vascularisation
propre. Une hémorragie intra plaque est
possible dans le core lipidique, entraînant
ainsi une brutale augmentation du volume
de la plaque, possiblement accompagnée d'occlusion
de l'artère, de dissection ou d'emboles
cruoriques et athéromateux.
5 - Distribution
des lésions
5.1 - L'athérosclérose
se développe particulièrement au
niveau des zones de contrainte mécanique,
c'est à dire les branches de division, les
bifurcations, les courbures artérielles.
Elle se développe également particulièrement
au niveau des artères soumises à contrainte
mécanique externe, comme les artères coronaires
épicardiques soumises aux mouvements de
la systole ventriculaire.
5.2 - Localisation
: Par ordre de fréquence décroissante,
l'athérome se développe plus souvent au
niveau
- de l'aorte abdominale,
- des artères coronaires,
- des artères des membres inférieurs,
- de l'aorte thoracique descendante,
- des artères cervicales à destinée encéphalique,
carotide, sous-clavière et vertébrale.
PHYSIOPATHOLOGIE
Parmi les possibles
mécanismes physiopathologiques expliquant
la formation de l'athérome et ses complications,
on retient essentiellement le rôle du LDL-cholestérol,
l'action possible d'agents infectieux et
les phénomènes inflammatoires. La dysfonction
de l'endothélium est la première étape,
suivie de la formation d'une plaque simple
qui peut se compliquer de phénomènes de
thrombose sous l'influence de différents
facteurs.
1 - Dysfonction
de l'endothélium
1.1
- Les phénomènes initiaux de l'athérosclérose
dépendent d'anomalies de l'endothélium.
Celui-ci devient anormalement perméable
aux éléments figurés du sang monocytes et
macrophages. Physiologiquement, les LDL
pénètrent dans la paroi artérielle, sont
captés par les monocytes et macrophages
résidant dans la paroi artérielle ainsi
que par les cellules musculaires lisses
et subissent un catabolisme au terme duquel
ils sont dégradés et évacués en particulier
par l'intermédiaire du HDL cholestérol.
1.2 - Les
cellules endothéliales peuvent modifier
les LDL lors de leur passage trans-endothélial
et de produire des LDL oxydés. Les LDL oxydés
sont cytotoxiques pour l'endothélium et
de plus stimulent l'agrégation plaquettaire,
d'où libération de substances vaso-actives
(thromboxane A2), procoagulantes (facteur
plaquettaire 4, ß-thromboglobuline), et
de PDGF, facteur de croissance entraînant
la multiplication des cellules musculaires
lisses.
2 - Constitution
des lésions athéromateuses
2.1 - Les
LDL oxydés sont captés par les macrophages
monocytes et cellules musculaires lisses
par une voie métabolique dite " voie SCAVENGER
" ne possédant pas de rétro-contrôle. Il
s'ensuit une charge excessive en lipides
des monocytes, macrophages et cellules musculaires
lisses qui se transforment ainsi en cellules
spumeuses, premier stade de la formation
de la plaque.
2.2 - Les
cellules musculaires lisses migrent de la
média vers l'intima et se multiplient, perdent
leur phénotype contractile pour acquérir
des capacités sécrétoires. Elles sécrètent
du collagène et la matrice extracellulaire
et participent ainsi à la formation de la
chape fibreuse de la plaque.
2.3 - Ces
phénomènes dépendent de médiateurs chimiques
tels que le PDGF (platelet derived grow
factor), le b-FGF (basic fibroblast grow
factor) ou l'interleukine 1. Ces médiateurs
sont produits par les cellules endothéliales,
les macrophages ou les cellules musculaires
lisses. La plaque athéromateuse fibrino-lipidique
évolue ainsi et devient une structure irréversible
qui s'accroît progressivement.
3 - Complications
de la plaque athéromateuse
Les plaques d'athéromes peuvent rester silencieuses
plusieurs mois ou années ou se compliquer
brutalement d'une thrombose qui révèle la
maladie. L'évolution vers la complication
(rupture, érosion, hémorragie) ne dépend
pas seulement du volume de la plaque mais
de trois facteurs : la taille du noyau lipidique
de la laque, le degré d'inflammation locale
(qui peut dégrader la chape fibreuse) et
les modifications de la matrice extracellulaire.
4 - Théories physiopathologiques
4.1 - Plusieurs
théories physiopathologiques ont été avancées
: métabolique (rôle du LDL-cholestérol),
infectieuse (agents infectieux comme le
cytomégalovirus ou Chlamydia pneumoniae)
et enfin, plus récemment, inflammatoire.
4.2 - La
théorie inflammatoire est la plus satisfaisante
et représente un canevas pathogénique unificateur
des théories métaboliques et infectieuses.
La première étape de ce processus inflammatoire
est la dysfonction endothéliale
dont les facteurs sont l'augmentation des
LDL oxydées, le diabète, la présence de
radicaux libres (induits par le tabagisme)
ou des facteurs infectieux (infection par
Chlamydia pneumoniae ou cytomégalovirus).
Les conséquences de cette inflammation sont
l'accumulation de lymphocytes T et macrophages
dans la paroi artérielle, la formation de
cellules spumeuses, des modifications de
la perméabilité endothéliale et des modifications
de l'adhésivité plaquettaire .
A un stade plus avancé, les cellules spumeuses
forment un core lipidique recouvert par
la chape fibreuse, riche en cellules musculaires
lisses .
Le core lipidique se transforme en centre
nécrotique, conséquence de l'accumulation
de lipides, macrophages, de l'activité protéolytique
et de l'apoptose (mort cellulaire programmée).
Le centre nécrotique est susceptible de
transformer la plaque simple en plaque instable
.
La rupture de la plaque est également un
phénomène directement lié à l'état inflammatoire,
réalisant un risque de thrombose, soit in
situ (pouvant oblitérer l'artère comme dans
l'infarctus transmural), soit non oblitérant
mais responsable d'emboles plaquettaires
dans l'aval du vaisseau avec foyers de micro
infarctus .
5 - Eléments de
la stabilité des plaques
La connaissance des éléments qui déterminent
l'instabilité de la plaque (capacité de
la plaque d'athérome à se compliquer ou
non) a un énorme intérêt clinique. La stabilité
de la plaque dépend de facteurs intrinsèques
et extrinsèques.
5.1 - Facteurs
intrinsèques :
La composition de la plaque est un élément
déterminant ; le contenu en lipides, en
macrophages, en cellules musculaires lisses
et en collagène. La présence d'un core lipidique
important diminue la résistance physique
de la plaque. Inversement une chape fibreuse
épaisse, formée de cellules musculaire et
de collagène est un élément stabilisant.
5.2 - Facteurs
extrinsèques :
L'inflammation à un rôle majeur dans la
déstabilisation de la plaque. Elle influence
le développement et les complications de
la plaque par des effets sur la matrice
extra cellulaire et par la mort cellulaire
par apoptose (mort cellulaire " programmée
"). La stimulation des protéoglycanes par
l'inflammation favorise l'accumulation des
lipides dans l'intima. Les cytokines pro-inflammatoires
induisent la production de métallo protéases
matricielles (MMP) qui sont capables de
dégrader les constituants de la matrice.
Donc, dans une plaque inflammatoire, existent
une grande accumulation de lipides et une
production de MMP capable de fragiliser
la plaque et d'entraîner sa rupture. Enfin,
les cytokines pro inflammatoires ont deux
autres effets thrombogènes : la diminution
de l'activité fibrinolytique des cellules
endothéliales et l'induction de mort cellulaire
par apoptose, responsable de la formation
de l'activation facteur tissulaire.
EPIDEMIOLOGIE
DE L'ATHEROSCLEROSE
L'épidémiologie de l'athérosclérose doit
être distinguée de celle de ses complications
car elle reste très longtemps asymptomatique
et de nombreuses lésions athéromateuses
n'ont aucune traduction clinique.
1 - Epidémiologie
des lésions anatomiques
Les stries lipidiques,
premier stade de l'athérosclérose apparaissent
dans l'enfance. Dès l'âge de 15 ans il existe
des cellules spumeuses au niveau aortique
et coronaire chez 50% des hommes, 8 à 10%
ayant déjà constitué des lésions d'athérome.
A 30 ans, 1/3 des hommes a des lésions d'athérome
au niveau coronaire.
2 - Epidémiologie
clinique
La maladie athéromateuse représente la première
cause de mortalité des pays industrialisés
: 500 000 morts aux USA en 1995, 40% de
la mortalité en Europe.
2.1 - Coronaire.
Des études de suivi de population ont permis
de mesurer l'incidence de la maladie coronaire
: étude parisienne = 9.7% de mortalité entre
40 et 60 ans ; étude MONICA : 274 décès
pour 100 000 habitants entre 35 et 65 ans.
L'incidence des maladies des artères coronaire
est plus faible chez la femme avant la ménopause.
2.2 - Cérébral.
Chaque année, 125 000 nouveaux cas d'accident
vasculaire cérébral 'ischémique ou hémorragique).
La mortalité par AVC est de 8% par an chez
l'homme entre 40 et 69 ans.
2.3 - Membres
inférieurs.
La prévalence de l'atteinte des membres
inférieurs est en baisse depuis 25 ans (résultat
des campagnes de prévention ?).
3 - Facteurs de
risque
L'existence de facteurs de risque conditionne
l'apparition et le développement des lésions
d'athérome ; enfin, d'importantes variations
géographiques existent, notamment un gradient
nord/sud au niveau de l'Europe .
Ces différences tiennent plus à des facteurs
d'environnement qu'à des facteurs
ethniques (régime alimentaire comportant
un apport calorique excessif et des acides
gras saturés dans les pays du nord, par
opposition à un régime comportant davantage
de graisses végétales insaturées dans les
pays du sud).
En outre, le rôle protecteur d'une consommation
modérée de vin rouge est fortement
envisagé
LES FACTEURS
DE RISQUE
Les facteurs de risque de l'athérome ont
été déterminés à partir de l'observation
de populations, en recherchant les éléments
prédictifs de la survenue de maladies liées
à l'athérome. Les principales enquêtes ayant
permis de déterminer les facteurs de risque
de l'athérome sont " l'enquête prospective
parisienne " (7434 policiers parisiens entre
43 et 53 ans, suivis sur 5 ans), l'étude
Framingham (suivi de la population d'une
ville américaine depuis 1948) et l'étude
MONICA (étude en cours depuis 1985). On
défini les facteurs de risques au terme
d'une analyse statistique. Cette analyse
permet aussi de définir l'importance relative
des différents facteurs de risque (car tous
n'ont pas la même importance) et à quel
type de complication ils exposent (les facteurs
de risque ont un impact variable sur la
topographie de l'athérome : coronaire, cérébral
ou membres inférieurs). On oppose les facteurs
de risque " modifiables " aux " non modifiables
". Les facteurs de risque modifiables permettent
des mesures de prévention en tentant de
les supprimer ou de les atténuer.
1
- Facteurs non modifiables : sexe,
âge, facteurs héréditaires.
1.1 - Terrain familial
: Forte incidence d'angine de poitrine
dans certaines fratries. Le rôle des facteurs
génétiques est indissociable des facteurs
d'environnement.
1.2 - Age et Sexe
: l'athérome coronaire survient plus
tardivement chez la femme que chez l'homme
en moyenne 8 à 10 ans après la ménopause.
La fréquence est égalisée dans les deux
sexes à partir de 65 ans .
2
- Facteurs modifiables : ils ont
l'intérêt d'être accessibles à une prévention
primaire ou secondaire.
2.1 - Facteurs
comportementaux
Suralimentation,
Obésité : le risque de surmortalité est
parallèle à l'importance de la surcharge
pondérale. L'obésité est également souvent
associée à d'autres facteurs de risque comme
l'HTA, diabète ou dyslipidémie.
Goutte et hyper-uricémie,
Sédentarité, risque d'infarctus est 1.9
fois plus élevé chez les sédentaires.
Stress émotionnels répétés (l'incidence
la plus forte de maladie coronarienne en
France est observée au sein du personnel
roulant de la SNCF et du personnel naviguant
d'Air France).
2.2 - Lipides plasmatiques
L'hypercholestérolémie est le principal
facteur de risque de l'athérome.
Il existe une relation curvilinéaire entre
le taux de cholestérol plasmatique et la
morbidité-mortalité cardiovasculaire.
2.2.1 - Le cholestérol
et ses fractions
- Un taux de cholestérol supérieur à 3 g
multiplie par 3 le risque de la maladie
cardiovasculaire. Pour 2.40 g le risque
est multiplié par 2. Jusqu'à 2.20 g le risque
est modéré. Un taux de cholestérol inférieur
à 2 g/l n'augmenterait pas le risque cardiovasculaire
par athérosclérose. Inversement, la réduction
du taux de cholestérol au sein d'une population
s'accompagne d'une diminution de risque
cardiovasculaire.
- L'hypercholestérolémie est sous la dépendance
de facteurs génétiques mais également sous
la dépendance du régime alimentaire : un
régime riche en graisses saturées augmente
les chiffres de cholestérolémie.
- Le risque d'athérome est plus lié aux
mécanismes de transport qu'au cholestérol
lui-même : le cholestérol est transporté
par trois types de lipoprotéines : HDL (High
Density Lipoprotein), LDL (Low Density Lipoprotein)
et VLDL (Veryl Low Density Lipoprotein)
inégalement athérogènes. On considère que
seules les lipoprotéines de basse densité
LDL et VLDL ont un pouvoir athérogène lorsqu'elles
sont présentes en excès.
- Par contre, les lipoprotéines de haute
densité HDL ont un pouvoir protecteur vasculaire
car cette fraction assure l'excrétion par
la paroi artérielle des autres types de
lipoprotéines. C'est donc plus le rapport
cholestérol total/HDL que le chiffre absolu
de cholestérol sérique qui doit être pris
en compte pour l'estimation du risque athérogène.
Cette notion permet d'expliquer certaines
constations épidémiologiques : la consommation
d'alcool stimule la synthèse de HDL cholestérol,
par contre la consommation d'oestroprogestatifs
la déprime (pilule). Enfin, le HDL est plus
élevé chez la femme non ménopausée que chez
l'homme du même âge, ce qui rendrait compte
de la différence d'incidence de maladie
artérielle dégénérative chez la femme avant
la ménopause.
- L'hypertriglycéridémie
est également une dyslipidémie considérée
comme athérogène encore que son rôle demeure
controversé dans la littérature.
- Enfin, le rôle réel de la lipoprotéine
a (Lpa) demeure très discuté. Un
taux élevé est associé à une fréquence accrue
d'événements coronariens.
2.3 - Tabagisme
Facteur de risque bien établi. Le risque
relatif de maladie coronaire augmente de
3.6 (homme) et 4.7 (femme) par le seul tabagisme.
Le mode d'intoxication ne modifie pas le
risque. L'arrêt de l'intoxication permet
de retrouver un niveau de risque de " non
fumeur " au bout de 2 ans. Le mécanisme
d'action du tabac dans le déterminisme de
l'athérome artériel est complexe. Il joue
probablement par le biais d'une vasomotricité
exagérée chez le fumeur.
2.4 - Hypertension
artérielle
L'hypertension artérielle est un facteur
de risque majeur. L'augmentation des chiffres
de pression systolique comme diastolique
sont à considérer. Des chiffres supérieurs
à 180 mmHg de systolique ou 110 mmHg de
diastolique justifient la mise en route
d'un traitement anti hypertenseur. La décision
d'un traitement dépend cependant de l'âge
et du risque cardiovasculaire absolu (CF
infra).
2.5 - Diabète
Un diabète avéré ou une anomalie du métabolisme
glucidique est observé dans 30 % des angines
de poitrine. On admet classiquement que
le diabète multiplie le risque coronarien
par 3.
2.6 - Autres
(" nouveaux ") facteurs de risque.
2.6.1 - Homocystéinémie
:
Il s'agit d'un facteur de risque déjà très
anciennement connu et débattu mais dont
le rôle n'a été formellement identifié que
relativement récemment. Le taux d'homocystéine
sérique est plus élevé chez les sujets porteurs
d'artériopathie ou de coronaropathie que
chez les sujets sains. Il est plus élevé
chez les hommes que chez les femmes.
2.6.2 - Molécules
de l'inflammation : protéine C réactive,
fibrinogène, intercellular adhesion molecule
1(ICAM1).
2.6.3 - Molécules
de la coagulation : plasminogen activator
inhibitor (PAI-1) , facteur VII.
PREVENTION
Les recommandations
pour la prévention de l'athérome sont fondées
sur l'observation de cohortes (comme la
détermination des facteurs de risque) et
sur le résultat d'études " d'intervention
" qui ont démontré l'efficacité de ces recommandations
sur la survie globale ou sur la survie sans
événement (sans survenue d'infarctus, angor
stable ou instable, accident vasculaire
cérébral ou périphérique). On distingue
la " prévention primaire " destinée à améliorer
la survie (ou survie sans événement) de
patients ayant des facteurs de risque et
la " prévention secondaire " destinée aux,
patients ayant déjà eu un accident vasculaire
(infarctus, angor stable ou instable, artérite
des membres inférieurs ou accident vasculaire
cérébral).
L'objectif des mesures de prévention est,
par le biais de la réduction des facteurs
de risque, de réduire la progression de
la maladie athéromateuse et d'en éviter
les complications aiguës.
1 - Prévention
secondaire
1.1 - Mode de vie
Les modifications du mode de vie visent
à réduire les facteurs de risque comme le
tabagisme, la surcharge pondérale, la sédentarité.
Ces mesures ont également un impact favorable
sur la tension artérielle, le diabète et
les dyslipidémies.
1.1.1 - Tabac :
L'arrêt du tabagisme permet, passé un délai
de 2 à 3 ans de revenir au niveau de risque
d'un non fumeur. Outre les conseils et soutient
psychologique, des produits comme le patch
de nicotine permettent une aide aux patients
fortement dépendants du tabac.
1.1.2 - Alimentation
: Le contrôle de l'alimentation a
pour but de réduire une éventuelle surcharge
pondérale, réduire les apports en sucres
rapides et en cholestérol. Un autre but
est d'orienter l'alimentation vers le régime
de " type méditerranéen ". Ce régime alimentaire
privilégie le poisson aux viandes, les légumes
et fruits frais, l'huile d'olive. Au total,
pour un patient coronarien, les objectifs
diététiques sont :
réduction de 30% de la consommation de graisses.
L'apport calorique d'origine lipidique ne
doit pas excéder 1/3 de l'apport total.
Réduction de la consommation de graisses
poly insaturées (substitution des graisses
animales par des graisses végétales).
Augmentation de la consommation des fruits,
céréales et légumes.
Réduction de l'apport calorique total quand
une perte de poids est nécessaire.
Réduction de la quantité de sel et d'alcool
chez les hypertendus.
1.1.3 - Exercice
physique : les patients doivent être
encouragés à pratiquer un exercice physique
de type aérobique (marche à pied, bicyclette,
natation) 20-30 minutes par jour 4-5 jours
par semaine.
1.1.4 - Surcharge
pondérale : les mesures diététiques
et l'activité physique sont d'autant plus
importantes qu'il existe une surcharge pondérale.
Celle ci peut être évaluée par l'indice
de masse corporelle indexée (surcharge >25kg/m²,
obésité si >30 kg/m²). La réduction du poids
améliore les chiffres tensionnels, le contrôle
de la glycémie et des lipides plasmatiques.
1.2 - Réduction
des autres facteurs de risque
1.2.1 - HTA :
le but en prévention secondaire est de maintenir
les chiffres en dessous de 140/90 mmHg.
Si ce but n'est atteint par les interventions
sur le mode vie, il faut envisager un traitement
médicamenteux. Dans le cas de patients coronariens,
les bêta bloqueurs ou les inhibiteurs de
l'enzyme de conversion sont les traitement
de choix.
1.2.2 - Lipides
plasmatiques : Les objectifs sont
Cholestérol total < 5.0 mmol/l (1.9 g/l).
LDL cholestérol < 3.0 mmol/l (1.15 g/l)
Les concentrations de HDL cholestérol et
de triglycérides ne sont pas considérées
comme un objectif thérapeutique. Néanmoins,
un HDL cholestérol < 1.0 mmol/l (0.40g/l)
et de triglycérides > 2.0 mmol/l (1.8g/l)
sont associés à une augmentation de risque
et peuvent donc justifier une intervention
thérapeutique.
Les médicaments les plus adaptés pour la
réduction du cholestérol et de LDL cholestérol
sont les statines. Outre leur effet sur
les valeurs biologiques, les statines ont
des effets bénéfiques dit " effets pléiotropes
" (non directement liés à la baisse des
lipides plasmatique).
1.2.3 - Glycémie
: Le bénéfice du contrôle glycémique
sur le risque de récidive après une pathologie
liée à l'athérosclérose n'est pas clairement
démontré, comme l'est l'effet favorable
sur la maladie vasculaire. Le but du contrôle
glycémique dans le diabète de type I (insulino
dépendant) est d'obtenir une glycémie à
jeun entre 5.1 et 6.5 mmol//l (0.91-1.20
g/l), pic de glycémie post prandiale entre
7.6 et 9.0 mmol/l (1.36-1.60 g/l) et hémoglobine
HbAic entre 6.2 et 7.5%. Il est essentiel
d'éviter les épisodes d'hypoglycémie. Dans
le diabète de type II, on peut atteindre
des chiffres plus proches de la normale.
1.2.4 - Médicaments
recommandés en prévention secondaire
En plus des mesures de mode de vie ou des
médicaments pour lutter contre les facteurs
de risque, un certain nombre de médicaments
réduisent la mortalité et la morbidité.
Aspirine
Au moins 75 mg/j (entre 75 et 325 mg/j).
Indispensable dans la prévention des complication
thrombotiques de la plaque d'athérome.
Inhibiteurs
de l'enzyme de conversion
Démontrés efficaces, non seulement chez
les patients ayant une dysfonction ventriculaire
gauche ou les hypertendus. Cependant , les
IE, en traitement systématique, ne font
pas (encore) partie des recommandations
officielles.
Statines
Les valeurs cibles sont plus basses en prévention
secondaire qu'en prévention primaire mais
les leur prescription dépend de la valeur
du cholestérol total et du LDL (en fait,
indispensable pour la quasi totalité des
patients).
2 - Prévention primaire
Le but de la prévention primaire est d'éviter
le développement et les complications de
l'athérome chez des patients ayant des facteurs
de risque, mais pas de maladie cardio vasculaire
déclarée.
Cette prévention passe par l'estimation
du risque cardiovasculaire et, en fonction
de cette estimation, par des mesures d'intervention
sur le mode de vie et par les médicaments.
Un problème actuel est l'existence de différentes
recommandations (américaine, européenne,
française), basées sur des estimations différentes
du risque et aboutissant à des conclusion
(légèrement) différentes. Les mesures d'intervention
sont comparables à celles de la prévention
secondaire, mais avec des objectifs moins
stricts.
2.1 - Estimation du risque cardiovasculaire
2.1.1 - RCVA (risque
cardiovasculaire absolu) : définition et
mode de calcul. Le risque lié à l'athérome
risque cardio vasculaire absolu doit être
évalué en tenant compte de l'ensemble des
facteurs de risque et non en les considérant
de façon indépendante. Le RCVA est déterminé
en fonction de l'âge, sexe, diabète, tabagisme,
chiffre de tension artérielle et de cholestérol
total. Ainsi, seuls les principaux (ou plus
anciennement connus) facteurs de risque
sont considérés et on leur affecte un coefficient
calculé statistiquement à partir de données
épidémiologiques. La validation de cette
prévision a secondairement été faite par
comparaison avec les résultats d'études
épidémiologiques (enquête prospective parisienne,
Framingham heart study ou projet MONICA).
En pratique le calcul exact peut être fait
à l'aide d'une calculette programmée ou
sur des sites internet (www.rcva-bayer.com,
www.chd-taskforce.com,
www.monash.edu.au,
www.besancon-cardio.com,
etc).
Pour l'estimation
du risque coronaire, des tableaux
permettent de définir, en fonction du sexe,
âge, tension artérielle, tabagisme, diabète,
cholestérolémie, le pourcentage de risque
d'événement (infarctus ou décès de cause
cardio-vasculaire) dans les dix années (chez
les personnes jeunes, on doit estimer le
risque à l'âge de 60 ans). Ces tables ont
l'avantage d'une grande simplicité et de
permettre de prendre rapidement une décision
de traitement dans le cadre d'une prévention
primaire (figure
18 : à insérer).
2.2 - Mode de vie
Les mêmes conseils qu'en prévention secondaire
doivent être donnés (tabagisme, alimentation,
activité physique, réduction de la surcharge
pondérale).
2.3 - HTA
Le niveau d'intervention médicamenteuse
en cas d'HTA dépend de l'estimation globale
du risque.
Les recommandations
européennes utilisent les tables
de risque coronarien .
Quand le risque est de moins de 20%, des
chiffres de pression systolique >165mmHg
ou diastolique > 95mmHg justifient un traitement.
Quand le RCVA est > 20% les valeurs limites
pour traiter sont, respectivement, de 140mmHg
et 90mmHg.
Les recommandations
françaises (ANDEM/ANAES) considèrent
le niveau de pression artérielle, l'âge
et les cofacteurs de risque .
Néanmoins, ces recommandations n'utilisent
ni le RCVA ni les tableaux de risque coronaire.
2.4 - Hyperlipidémie
Là aussi, plusieurs recommandations existent,
toutes tiennent compte du risque cardiovasculaire
global.
Les recommandations
européennes tiennent compte des tableaux
de risque coronarien à 10 ans ; si le risque
est > 20%, les limites d'intervention médicamenteuse
(pour débuter un traitement par statines)
sont de 3.0 mmol/l (1.15g/l) de LDL cholestérol
.
Les recommandations
françaises (ANDEM/ANAES) tiennent
compte de l'existence d'un ou plusieurs
autres facteurs de risque et du chiffre
de cholestérol total .
Passé l'âge de 70 ans, l'intérêt d'une prévention
primaire doit être reconsidéré au cas par
cas.
2.5 - Glycémie
Les mêmes recommandations qu'en prévention
secondaire sont applicables en prévention
primaire
2.6 - Traitements
médicamenteux
L'aspirine et les autres antiplaquettaires
ne sont pas indiqués dans le prévention
primaire, sauf cas particulier d'individus
à haut risque. L'aspirine (75 mg/j) peut
réduire le risque de maladie coronaire chez
les hypertendus traités et mal contrôlés.
2.7 - Dépistage familial
Un bilan lipidique familial est recommandé
en cas de suspicion d'hypercholestérolémie
familial, ou autre forme de dyslipidémie.
|