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INFARCTUS DU MYOCARDE
(Syndromes coronariens aigus avec surélévation du segment ST)
Epidémiologie, Etiologie, Anatomie Pathologique,
Physiopathologie, Diagnostic, Evolution, Traitement


Professeur J.P. BASSAND
Professeur François SCHIELE

Mise à jour du 18/11/2005

Résumé des Points Forts à la fin du Chapitre

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DEFINITION
EPIDEMIOLOGIE
ANATOMIE-PATHOLOGIE
PHYSIOPATHOLOGIE
CLINIQUE - FORME TYPIQUE DE L'INFARCTUS NON COMPLIQUE
FORMES CLINIQUES
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
COMPLICATIONS
FORMES MORTELLES
PRONOSTIC
PRISE EN CHARGE DE L'INFARCTUS DU MYOCARDE A DISTANCE DE LA PHASE AIGUE
TRAITEMENT
CE QU'IL FAUT RETENIR

Documentation multimédia
Diaporama 1
Exemple d'infarctus du myocarde au stade séquellaire de topographie inférieure avec signes directs en D2, D3, VF. La profondeur de l'onde Q peut être variable d'un malade à l'autre.
Diaporama 2
Deux exemples d'infarctus, l'un dans le territoire inférieur, l'autre dans le territoire antérieur, sur bloc de branche droit
Diaporama 3
Deux exemples de scintigraphie cavitaire après infarctus antérieur
Cinétique de libération des différents biomarqueurs dans l'infarctus du myocarde
Exemple de rythme idioventriculaire accéléré survenant lors de la reperfusion artérielle
Exemple de séquelles d'infarctus dans le territoire antérieur de V1 à V5. Noter les ondes Q en D1, VL également
Exemple de tachycardie ventriculaire à 190 / min sur infarctus du myocarde de topographie antérieure (voir V2, V3, V4, V5)
Exemple d'infarctus antérieur avec onde Q de nécrose constituée, sur-décalage du segment ST persistent et inversion de l'onde T de V1 à V4.
Exemple d'infarctus du myocarde de plusieurs heures d'évolution avec sur-décalage du segment ST persistent et onde Q de nécrose apparente
INFARCTUS DU MYOCARDE (Syndromes coronariens aigus avec surélévation du segment ST)
Exemple de lésion sous-épicardique dans le territoire inférieur
Syndromes coronariens aigus avec surélévation du segment ST
Occlusion de la coronaire droite au cours d'un infarctus aigu inférieur. Noter la présence d'une sonde d'entraînement temporaire justifiée par un bloc auriculo-ventriculaire complet, contemporaine de la phase aiguë
Angioplastie au site de l'occlusion
Résultat final. Recanalisation de l'artère



DEFINITION


L'infarctus du myocarde est une manifestation d'insuffisance coronarienne aiguë. Il survient le plus souvent à la faveur de l'occlusion thrombotique d'une artère coronaire épicardique. Dans des cas plus rares, il peut être dû à un spasme artériel prolongé. Il existe dans tous les cas, une nécrose ischémique d'une partie du myocarde et à ce titre une amputation du potentiel contractile du ventricule gauche. Il s'agit d'une affection fréquente de pronostic grave, dépendant aussi bien à la phase aiguë qu'à distance, de l'importance de la destruction myocardique, de la diffusion des lésions artérielles coronaires et de la stabilité électrique du cœur. Depuis le début des années 80, la reperfusion précoce de l'artère responsable de la nécrose par traitement thrombolytique ou angioplastie a modifié le pronostic de l'infarctus du myocarde et a permis d'en réduire la mortalité et les complications aussi bien à la phase aiguë qu'à distance.

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EPIDEMIOLOGIE

On recense environ 100 000 infarctus par an en France.

Il existe une prédominance masculine, mais la fréquence s'égalise dans les deux sexes 5 à 10 ans après l'âge de la ménopause.

En dehors d'erreurs méthodologiques toujours possibles dans le décompte des malades, on estime que la fréquence de l'infarctus du myocarde en France et 2,5 fois moins élevée que dans les pays européens voisins (Allemagne, Iles Britanniques) et près de 3 fois moins élevée que dans les pays d'Amérique du Nord. En France, cette moindre fréquence d'infarctus, malgré des facteurs de risque comparables à ceux des populations témoins dans les pays voisins, appelée paradoxe français, serait liée à divers facteurs diététiques dont la consommation de vin rouge.

En Europe, il existe un très fort gradient ouest-est pour les maladies cardiovasculaires. Schématiquement, on a 5 fois moins de risque de mourir de maladies cardiovasculaires dans des pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie par rapport aux pays d’Europe de l’Est, comme l’Ukraine, le Belarus, les états Baltes, la Roumanie ou la Russie.

L'explication du phénomène n'est pas claire pour l'instant. Il ne s'agit certainement pas de facteurs ethniques, mais plutôt de facteurs liés à l'environnement ou aux habitudes de vie.

Récemment, il a été montré au cours d’une étude cas-témoins incorporant >25 000 sujets que les mêmes facteurs de la maladie athéroscléreuse jouent sur toute la planète et ont virtuellement le même impact, quel que soit la race, le continent ou la civilisation (étude INTER-HEART). Cette étude a confirmé l’impact des facteurs de risque de la maladie cardiovasculaire :

Tabagisme
Diabète
Hypertension artérielle
Anomalie du métabolisme lipidique (élévation du cholestérol total et du LDL cholestérol)
Obésité abdominale
Etat de stress psychologique

Cette étude a montré le rôle protecteur de certains facteurs :

Exercice physique régulier
Consommation modéré d’alcool
Consommation régulière de fruits et légumes.

Cette étude a enfin montré que 80% du risque pouvait être prédit par les facteurs classiques énumérés ci-dessus.

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ANATOMIE-PATHOLOGIQUE

Le plus souvent l'infarctus est du à une occlusion artérielle aiguë développée au contact d'une plaque athéromateuse, pas nécessairement sténosante, compliquée, c'est-à-dire ulcérée et rompue. Cette occlusion survient le plus souvent sur un réseau athéroscléreux comportant une ou plusieurs lésions artérielles tronculaires. Il en résulte une nécrose ischémique du myocarde.

1 - L'occlusion coronaire est due dans 85 % des cas au moins à une occlusion thrombotique.

1.1 - L'occlusion thrombotique est développée au contact d'une rupture de plaque (cf. Chapitre "Athérosclérose", Plaque Athéroscléreuse Compliquée).

1.2 - Le rôle du spasme est formellement démontré dans la genèse de l'infarctus du myocarde. Sa fréquence est cependant rare en regard de la fréquence des lésions athéroscléreuses. Il est du reste le plus souvent surajouté à une lésion athéroscléreuse.

1.3 - Dans des circonstances rares, l'infarctus peut survenir en l'absence de plaque athéromateuse. Il survient à la faveur d'une anomalie coronaire non athéromateuse :

anomalie d'implantation des coronaires. Circonstance rare, source d'infarctus dans l'enfance ou chez les sujets jeunes,

artérite inflammatoire :
Takayashu maladie de Horton,
péri-artérite noueuse,
maladie de Kawasaki,
toute autre circonstance pathologique en particulier maladie de système comportant une vascularite, angéite nécrosante, syndrôme de Wegener...

embolies coronaires. Elles sont rares, elles peuvent être calcaires dans le cas d'un rétrécissement aortique, septiques dans le cadre d'une endocardite, rarement cruoriques.

Dissection coronaire. A titre non exceptionnel, une dissection spontanée des artères coronaires peut être responsable de l'infarctus du myocarde.


2 - Athérosclérose coronaire.
2.1 - Elle touche les grosses artères coronaires épicardiques et prédomine sur les premiers centimètres des vaisseaux et sur les bifurcations. Les lésions sont plus ou moins sténosantes. Schématiquement, tous les degrés existent entre simple plaque athéromateuse non sténosante et occlusion artérielle athéromateuse complète.
Le plus souvent, les lésions athéroscléreuses ne sont pas limitées au siège de la ou des sténose(s) ou des plaques athéromateuses les plus apparentes, mais au contraire, infiltrent la totalité des gros vaisseaux épicardiques.

Lors de la constitution de l'infarctus du myocarde, la lésion responsable de la nécrose peut être isolée ; souvent, il existe des lésions associées d'athérome tronculaire oblitérant multiples.

2.2 - Distribution des lésions
Suivant la distribution des lésions coronaires au niveau du réseau, on distingue des lésions mono, bi ou tritronculaires. Parfois, il s'agit d'une atteinte du tronc commun de la coronaire gauche :

lésions monotronculaires 50% des cas
lésions bitronculaires 25% des cas,
lésions tritronculaires 20% des cas,
lésions du tronc commun de la coronaire gauche 5% des cas,

2.3 - Collatérales
Bien que la circulation coronaire soit de type terminal, il existe assez fréquemment au cours de l'évolution de l'insuffisance coronarienne un développement d'artères collatérales entre différents territoires vasculaires.

Le plus souvent, elles s'établissent entre le réseau coronaire droit et le réseau interventriculaire antérieur par l'intermédiaire des artères septales ou des grosses artères épicardiques parcourant la surface du ventricule droit comme l'artère marginale ou l'artère du conus. L'artère circonflexe est, par contre, plus rarement collatéralisée. Lorsqu'elle l'est, c'est le plus souvent par l'intermédiaire de réseaux provenant de la coronaire droite.

Les collatérales, lorsqu'elles existent pallient partiellement l'occlusion thrombotique, mais le flux qu'elles apportent dans le territoire collatéralisé est le plus souvent insuffisant pour éviter l'évolution vers la nécrose ischémique.

2.4 - Pour mémoire
Il faut rappeler qu'environ 15% des malades n'ont pas de lésion apparente ou ont des lésions non significatives sur leur réseau.


3 - La nécrose ischémique du myocarde

3.1 - A l'échelon cellulaire.
L'infarctus du myocarde se caractérise par la mort cellulaire de la plupart des myocytes contenus dans la zone infarcie. Des myocytes demeurant viables persistent, soit en groupe, soit de façon éparse au sein de la zone nécrosée.

La mort cellulaire se caractérise par la disparition des noyaux et la vidange du cytoplasme.

A partir de la 6ème heure après le début de l'infarctus, des phénomènes inflammatoires surviennent avec margination et diapédèse des leucocytes, polynucléaires et macrophages. Secondairement, la prolifération des fibroblastes avec production de matrice extracellulaire et développement de fibrose intervient, marquant le développement du processus cicatriciel.

3.2 - Macroscopiquement, l'infarctus apparaît comme une zone blanchâtre évoluant en l'espace de quelques semaines vers une cicatrice fibreuse avec atrophie (diminution d'épaisseur) de la paroi cardiaque concernée. La superficie de la zone nécrosée apparaît toujours plus importante lorsqu'elle est observée depuis l'endocarde que lorsqu'elle est observée depuis l'épicarde.
A son contact, l'endocarde est altéré et fibreux. Il peut être le siège d'une thrombose développée au contact de la zone nécrosée.

3.3 - Topographie de l'infarctus.
Elle dépend de l'artère occluse.Le plus souvent, il s'agit d'un infarctus intéressant le ventricule gauche. Le ventricule droit peut être également intéressé mais de façon exceptionnelle, à titre isolé.

L'occlusion de l'artère inter-ventriculaire antérieure entraîne la nécrose des 2/3 antérieurs du septum, d'une partie de la paroi libre du ventricule gauche et de l'apex du ventricule gauche.
L'occlusion de la coronaire droite résulte en un infarctus de la face diaphragmatique du ventricule gauche et du tiers postérieur du septum. Une atteinte ventriculaire droite est possible.
L'occlusion de la circonflexe entraîne une nécrose de la paroi libre du ventricule gauche d'importance variable selon la distribution artérielle.
L'infarctus du ventricule droit est, le plus souvent, du à une occlusion très proximale de la coronaire droite, mais le déterminisme de la nécrose est mal connu. La fréquence de l'infarctus ventriculaire droit est sans relation avec la fréquence de l'occlusion de la coronaire droite.

3.4 - La taille de l'infarctus varie en fonction de plusieurs facteurs :

le caractère proximal ou distal de l'occlusion thrombotique,
l'existence préalable d'une circulation anastomotique entre le réseau intéressé et le réseau collatéral.

Le développement progressif d'une lésion artérielle sur un tronc coronaire s'accompagne assez fréquemment du développement d'une circulation collatérale. En cas d'occlusion du vaisseau principal, la circulation collatérale peut limiter l'étendue de la nécrose d'un territoire vasculaire déterminé.

3.5 - Infarctus transmural, infarctus non transmural.

Lorsque l'infarctus intéresse la totalité de la paroi artérielle, il est dit transmural.
Inversement, dans certaines circonstances, seules les couches sous-endocardiques peuvent être intéressées. L'infarctus est dit non transmural.

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PHYSIOPATHOLOGIE

Pour mémoire, les syndromes coronariens aigus ont un mécanisme physiopathologique commun représenté par la rupture de plaque ou l'érosion de l'endothélium coronaire (moins fréquent que la rupture de plaque, plus fréquemment observé chez les femmes).

La rupture de plaque ou l'érosion endothéliale active les fonctions plaquettaires et la cascade de la coagulation aboutissant à la formation de thrombi plaquettaires et/ou fibrino-cruoriques capables de réduire de façon brutale la lumière du vaisseau ou de l'oblitérer complètement. Ces mécanismes expliquent la survenue de phénomènes ischémiques aigus dont la présentation clinique et l'intensité sont fonction du caractère complet ou incomplet, transitoire ou permanent de l'oblitération.

En outre, les thrombi formés au site de la rupture de plaque ou de l'érosion plaquettaire sont susceptibles d'emboliser dans le lit distal et créer des foyers de nécrose cellulaire, de taille variable, unique ou multiples, expliquant la libération enzymatique.

On distingue désormais deux catégories de syndrome coronarien aigu :
Syndromes coronariens aigus
avec surélévation du segment ST. Il s'agit de l'infarctus Q classique qui correspond généralement à une oblitération artérielle complète d'un gros vaisseau épicardique.
Syndromes coronariens aigus
sans surélévation du segment ST, subdivisé en deux, angine de poitrine instable et infarctus non-Q. La présentation clinique de ces deux entités est la même. Il y a des signes de mort cellulaire dans l'infarctus non-Q (libération enzymatique ou de protéines de structure) alors qu'il n'en existe pas dans l'angine de poitrine instable. Il est du reste vraisemblable que l'angine de poitrine instable procède d'un mécanisme physiopathologie différent de celui de l'infarctus non-Q, où l'activation des fonctions plaquettaires et de la cascade de coagulation jouent probablement un rôle secondaire et où les phénomènes vaso-actifs jouent probablement un rôle plus important.
 

2 - Effets myocardiques de l'obstruction coronaire

2.1 - Au niveau cellulaire :
L'infarctus ou nécrose ischémique est une lésion irréversible des myocytes dû à un déséquilibre durable entre les besoins en énergie de la cellule musculaire et les apports en oxygène et en substrats.

La mort cellulaire se caractérise par la rupture de la membrane cytoplasmique ou sarcolemme. Cette rupture survient sous l'effet d'un oedème cellulaire avec accumulation de catabolites et d'ions calciques, et de la production de radicaux libres cytotoxiques.

Des lésions irréversibles sont constituées au niveau cellulaire après 30 minutes d'ischémie sévère.

En plus des lésions myocytaires, il existe des lésions cellulaires au niveau des vaisseaux. L'oedème cellulaire entraîne une réduction de la lumière vasculaire et rend compte du phénomène de non reperfusion parfois observé en cas de levée de l'occlusion thrombotique.

Les lésions sont modifiées par la reperfusion. La reperfusion par un afflut excessif d'ions calcium et par la libération de radicaux libres cytotoxiques a un effet aggravant sur les lésions cellulaires évoluées.

Inversement, les myocytes reperfusés précocement peuvent retrouver un métabolisme et une fonction normaux, après une période variable au cours de laquelle ils n'ont qu'une activité mécanique et métabolique restreinte. C'est la période de sidération.

2.2 - Aspects tissulaires
L'occlusion d'une artère coronaire épicardique va entraîner la nécrose ischémique de tout ou partie du territoire qu'elle vascularise. L'étendue de la nécrose sera d'autant plus importante et plus rapide que le territoire vasculaire est de type terminal. Inversement, l'étendue de la nécrose sera d'autant plus limitée et la nécrose cellulaire interviendra d'autant plus tardivement que le territoire est plus collatéralisé.

La nécrose cellulaire progresse de l'endocarde vers l'épicarde. Le territoire sous-endocardique est le siège de nécrose à partir de 30 minutes d'ischémie, puis le front de nécrose s'étend vers l'épicarde avec un maximum atteint 3 à 6 heures après le début de l'ischémie.

Une réaction inflammatoire se développe à partir du 1er jour et aboutit en l'espace de quelques semaines à une fibrose cicatricielle au sein de laquelle persistent des amas ou des îlots de cellules myocardiques fonctionnelles.

Au niveau du coeur entier, la survenue de l'infarctus entraîne un certain nombre de conséquences mécaniques et électriques.

3 - Conséquences mécaniques immédiates.

3.1 - Amputation du potentiel contractile.
Il se manifeste par une zone d'akinésie dans le territoire infarci. Cette zone akinétique est d'autant plus importante que la zone nécrosée est plus vaste.

Elle est partiellement compensée par une hyperkinésie des parois non intéressées par l'infarctus du myocarde.

Dans les infarctus de petite taille, le volume d'éjection systolique n'est pas modifié. Dans les infarctus de grande taille, le volume d'éjection systolique s'en trouve amputé.

Les mécanismes compensateurs ont pour effet de maintenir le volume d'éjection systolique et le débit cardiaque malgré l'amputation du potentiel contractile:
stimulation adrénergique augmentant la fréquence cardiaque et l'état contractile de la zone non intéressée par l'infarctus,
dilatation du ventricule gauche en diastole par mécanisme de Frank Starling permettant de maintenir le volume d'éjection systolique malgré la perte de fonction contractile.

3.2 - Altération de la fonction diastolique
Dans les minutes qui suivent l'ischémie myocardique, la compliance ventriculaire gauche est modifiée et s'altère. La paroi ventriculaire devient plus rigide. Les pressions de remplissage ventriculaire gauche augmentent.

4 - Conséquences mécaniques à moyen et long terme: les phénomènes de remodelage ventriculaire
Après infarctus transmural, le ventricule gauche fait l'objet de modifications géométriques et structurales qui définissent le remodelage ventriculaire.

Schématiquement, la zone infarcie fait l'objet d'une expansion et la zone non intéressée par la nécrose d'une dilatation-hypertrophie progressive. Les phénomènes débutent précocement, dès les 24 premières heures. Ils sont d'autant plus intenses et prolongés que l'infarctus est étendu. Inexistant dans les nécroses de petite taille (< 15% de myocarde nécrosé), ils sont maximum en cas d'infarctus antérieur étendu. De même ces phénomènes sont inexistant en cas d'infarctus non transmural, mais n'apparaissent qu'en cas d'infarctus transmural.

On estime que la dilatation de la zone nécrosée s'effectue par glissement des myocytes nécrosés les uns sur les autres et amincissement de la paroi. La dilatation de la zone nécrosée a pour résultat d'augmenter la taille de la cavité ventriculaire gauche et partant, d'augmenter la contrainte pariétale.

C'est cette augmentation de contrainte pariétale due à l'augmentation de la taille de la cavité mais également à l'augmentation des pressions de remplissage du ventriculaire gauche contemporaines de la phase initiale à l'infarctus du myocarde qui entraîne la dilatation hypertrophie de la zone non intéressée par la nécrose. La dilatation hypertrophie de cette zone est de même type que celle qu'on observe au cours de l'évolution des surcharges de volume du ventricule gauche (insuffisance aortique ou insuffisance mitrale).

Certains facteurs favorisent le développement du remodelage ventriculaire gauche, en particulier le caractère transmural de l'infarctus du myocarde, la persistance d'une occlusion artérielle dans le territoire de la nécrose, l'existence d'une hypertension artérielle qui augmente la contrainte mécanique du ventricule gauche.

Ces phénomènes peuvent aboutir à terme à la déchéance myocardique définitive avec dilatation cavitaire, altération de la fonction systolique et diastolique du ventricule gauche, et insuffisance cardiaque.

Le remodelage ventriculaire peut-être limité dans son intensité par la limitation de la taille de l'infarctus du myocarde, en particulier par la reperfusion artérielle précoce, par le maintien de la perméabilité artérielle même sans intervention sur la taille de l'infarctus, ainsi que par intervention pharmacologique.

En effet, les inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine se sont avérés efficaces dans le post-infarctus pour limiter la dilatation cavitaire à long terme et réduire la mortalité de populations de malades à fonction ventriculaire gauche altérée (fraction d'éjection ventriculaire gauche < 0.40). Toutefois, à ce jour, le lien entre limitation de la dilatation cavitaire et réduction de mortalité n'a pas été formellement établi, les deux phénomènes ayant été étudiés dans des essais cliniques séparés. Le mécanisme d'action des inhibiteurs de l'enzyme de conversion demeure discuté, décharge ventriculaire ou action tissulaire directe, restauration de la sensibilité des baro-récepteurs, prévention de la myocytolyse, prévention de la libération des cathécholamines, prévention de l'hypertrophie des zones saines....

En outre, il apparaît clairement que les inhibiteurs de l'enzyme de conversion ont également un effet sur la progression de l'athérosclérose au niveau de la paroi artérielle. Des mécanismes multiples expliquent cet effet protecteur vasculaire des IEC formellement démontré dans deux études déjà publiées (HOPE et EUROPA). Les IEC (ramipril et perindopril) font désormais partie du traitement long terme de la maladie coronaire à titre de prévention secondaire de l’athérosclérose.

5 - Conséquences électriques.

Elles sont de divers ordres

5.1 - au stade initial de l'infarctus, l'ischémie myocardique d'un ou plusieurs groupes cellulaires conduit à la survenue d'arythmies ventriculaires de type ischémique avec survenue d'extrasystoles ventriculaires, tachycardie ventriculaire ou fibrillation ventriculaire.

5.2 - A distance de la phase initiale, l'interposition entre le tissu nécrosé et le tissu sain d'une zone bordante pouvant être ischémique, soumise à une contrainte mécanique excessive, constitue un substrat arythmogène. L'existence au sein de cette zone bordante de zones à vitesse de conduction différentes constitue autant de possibilités d'arythmies par réentrée.
Ceci explique la fréquence des tachycardies ventriculaires par réentrée à la phase chronique de l'infarctus du myocarde.

5.3 - A ces anomalies électriques observées dans l'infarctus classique, il convient de rajouter les arythmies de reperfusion. Ces arythmies sont généralement bénignes faites de rythme idio-ventriculaire accéléré de déterminisme très mal connu. On doit les considérer comme les marqueurs de la reperfusion plutôt que comme une complication.

6 - Cas particulier de l'infarctus du myocarde ventriculaire droit
L'infarctus du ventricule droit est le plus souvent dû à une occlusion très proximale de la coronaire droite ou de ses branches ventriculaires droites ou marginales droites.

Il se caractérise par un effondrement de la fonction systolique du ventricule droit avec diminution du débit cardiaque droit. De la sorte, il existe une hypoperfusion du coeur gauche et un bas débit.

En outre, il existe une élévation majeure des pressions de remplissage du ventricule droit réalisant un tableau d'adiastolie.

Cette élévation des pressions de remplissage entraîne une dilatation cavitaire du ventricule droit qui, du fait du caractère inextensible du péricarde entraîne une compression des cavités gauches.

Le tableau hémodynamique est assez particulier et associe bas débit et signes droits. L'évolution et le pronostic sont graves.

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CLINIQUE - FORME TYPIQUE DE L'INFARCTUS NON COMPLIQUÉ

L'évolution de l'infarctus du myocarde a été profondément remaniée par la reperfusion précoce. Si la scène clinique de présentation demeure inchangée, l'évolution aussi bien clinique, électrocardiographique qu'enzymatique s'est trouvée bouleversée depuis l'avènement de la reperfusion précoce.

1 - Circonstances de survenue

Le début est souvent brutal, assez fréquemment en dehors de l'effort, pendant le sommeil. Plus rarement le début peut être d'effort, diurne.
Dans 40 % des cas, l'infarctus du myocarde est inaugural, il représente la première manifestation clinique de l'insuffisance coronarienne.
Dans 60 % des cas au contraire, cet infarctus survient chez un coronarien connu :

• Cet infarctus survient alors que la maladie coronarienne était cliniquement déclarée soit par une angine de poitrine stable soit par une angine de poitrine instable, mais ce n'est que rétrospectivement que le diagnostic est fait, le patient n'ayant pas consulté pour cette angine de poitrine.
• Une fois sur deux cet infarctus survient inopinément chez un malade dont l'angine de poitrine paraissait bien stabilisée.
• Dans l'autre moitié des cas, l'infarctus du myocarde survient chez un coronarien connu dont la symptomatologie angineuse s'est progressivement aggravée avant la survenue de la nécrose réalisant un angor instable. (Cf chapitre "angine de poitrine", & "angor instable"),

2 - Le tableau clinique est dominé par la douleur

2.1 - Elle est présente dans 95 % des cas
apparition brutale,
douleur rétrosternale en pleine poitrine possédant des irradiations très riches au niveau des deux membres supérieurs, du cou et des mâchoires, parfois au niveau de l'épigastre.
douleur classiquement très intense, constrictive, résistante à la trinitrine.
douleur ne cédant qu'aux morphiniques,
durée plusieurs heures.

2.2 - Il existe des signes mineurs
vomissements, hoquet dans les formes postérieures.
sueurs profuses
sensation de mort imminente

3 - L'examen est pauvre

3.1 - L'examen à ce stade est très pauvre, on relève seulement des bruits du coeur sourds, parfois une bradycardie initiale à laquelle fait suite rapidement une tachycardie ; souvent l'examen n'apporte rien.

3.2 - Devant un tel tableau, l'urgence consiste à infirmer ou affirmer le diagnostic d'infarctus du myocarde aigu en début d'évolution de manière à assurer la reperfusion de l'artère responsable de la nécrose dans les délais les plus brefs possibles.

Seul l'électrocardiogramme enregistré immédiatement est capable dans la plupart des cas de confirmer le diagnostic d'infarctus en évolution. C'est cet examen qui doit être réalisé en priorité, les autres examens en particulier biologiques n'apportant une confirmation que tardive dans l'infarctus du myocarde.

Le diagnostic d'urgence repose donc exclusivement sur l'électrocardiogramme.


3.3 - En effet les autres signes sont retardés ou inconstants

La chute de tension artérielle apparaît de façon retardée par rapport à la douleur, elle est parfois précédée d'une augmentation transitoire des chiffres tensionnels. Cette chute atteint 3 à 4 cm Hg pour la maximale, elle est durable.

La fièvre, d'observation constante, n'apparaît qu'à partir de la 24ème heure, en moyenne 38,5E, mais peut atteindre 39 à 40E.
Elle persiste pendant plusieurs jours, parfois pendant toute la première semaine.

Le frottement péricardique ne s'observe qu'entre le 3ème et le 8ème jour, dans 15 à 30 % des cas.

4 - Electrocardiogramme

Seul l'électrocardiogramme permet d'aboutir à un diagnostic de certitude rapide. Il doit être réalisé en première intention, avant toute autre démarche diagnostique devant le moindre soupçon d'infarctus en évolution. Au besoin, si non convainquant lors du premier enregistrement, il doit être répété.

4.1 - Trois types de signes électrocardiographiques s'associent et se succèdent à la phase aiguë de l'infarctus du myocarde.

Le signe le plus précoce est la lésion sous épicardique. Elle se manifeste sous forme d'une surélévation du segment ST au dessus de la ligne iso-électrique, englobant l'onde T.
Ce signe est précoce, il apparaît dans les minutes qui suivent l'apparition de la douleur.
Parfois il s'observe plus tardivement après quelques heures d'évolution.

Ce signe électrocardiographique persiste pendant toute la première semaine puis s'atténue progressivement.
Il existe en règle générale dans au moins deux dérivations, il s'accompagne dans les dérivations faisant face à la nécrose de signes dits en miroir sous forme de lésion sous endocardique. Il s'agit des classiques signes indirects.

L'onde Q de nécrose est d'apparition plus tardive, entre la 18ème et la 24ème heure, il est nécessaire de l'observer dans au moins deux dérivations différentes pour affirmer le diagnostic de nécrose transmurale.

Cette anomalie électrocardiographique affecte le complexe rapide et se présente sous forme d'une négativité initiale dont l'amplitude excède 1 mV (1 cm) et dont la durée excède 4/100è sec.

Une fois constituée, l'onde Q de nécrose demeure définitive.

L'ischémie sous épicardique se manifeste sous forme d'une inversion de l'onde T dans le territoire de la nécrose. Ce signe électrocardiographique n'apparaît qu'avec retard, à partir du 2ème jour de l'évolution et s'intensifie progressivement pendant les premières semaines de l'évolution. Il peut régresser par la suite ou peut persister.

Cette évolution électro-cardiographique a été complètement bouleversée par la reperfusion artérielle précoce.

La recanalisation précoce entraîne une évolution électrocardiographique accélérée en particulier avec régression rapide du segment ST après reperfusion de l'artère responsable de la nécrose. L'onde Q lorsqu'elle était présente au moment du traitement thrombolytique n'est généralement pas influencée. L'ischémie sous-épicardique apparaît plus précocement.

4.2 - Localisations électrocardiographiques de l'infarctus suivant les dérivations dans lesquelles apparaissent les signes directs d'infarctus du myocarde, plusieurs localisations électriques correspondant très schématiquement à des territoires artériels peuvent être définies.
- Lorsque les signes directs intéressent les dérivations précordiales à partir de V1 V2 et parfois jusqu'au delà de V5, l'infarctus est dit antérieur, il correspond habituellement à un infarctus intéressant le territoire artériel de l'inter-ventriculaire antérieure.

Lorsque les signes directs intéressent les dérivations D2 D3 et VF, l'infarctus est dit postérieur ou postéro-diaphragmatique ou inférieur, toutes ces dénominations sont synonymes. Cet infarctus intéresse habituellement le territoire artériel de la coronaire droite.

Lorsque les signes directs intéressent les dérivations D1, VL, V5, V6, l'infarctus est dit latéral, il intéresse généralement le territoire de la circonflexe.

Dans certaines circonstances, les signes directs d'infarctus du myocarde n'apparaissent pas de façon claire sur l'E.C.G malgré une scène clinique et biologique tout à fait typique. C'est dans ces circonstances qu'il faut rechercher les signes directs d'infarctus dans les dérivations inhabituelles, par exemple dérivations thoraciques postérieures, seules susceptibles de démasquer un infarctus basal en relation avec l'oblitération de l'artère circonflexe distale.

5 - Signes biologiques

5.1 - Modifications enzymatiques
Les modifications enzymatiques traduisent la destruction du myocarde avec libération d'enzymes qui passent dans la circulation. De nombreuses enzymes sont intéressées, les modifications les plus intéressantes affectent :

les GOT (transminases glutamo-oxaliques, elles s'élèvent à partir de la 12ème heure et se normalisent au 5ème jour. Le chiffre normal est de 20 UI, l'augmentation dépasse 100 UI.

les LDH (lactico-déshydrogénase) s'élèvent à partir de la 24ème heure et persistent élevées jusqu'au 10ème jour. Taux normal 220 UI, élévation supérieure à 350 UI.

les CPK (créatinine phospho-kinases). Enzymes spécifiquement musculaires, taux normal inférieur à 50 UI, s'élèvent à partir de la 7ème heure et persistent élevés jusqu'au 3ème - 4ème jour avec un taux dépassant 150 UI. Les CPK sont sensibles, mais pas nécessairement spécifiques, puisqu'une injection intramusculaire suffit à élever leur taux de façon significative.

les CPK-MB. On est donc amené