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LES
POINTS FORTS A RETENIR: |
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- L'incidence de
l'endocardite infectieuse
n'a pas diminué au cours
des 20 dernières années,
malgré les progrès
de la prévention et notamment
de l'antibioprophylaxie.
- Sa gravité n'a pas
diminué, bien au contraire.
Elle reste grevée d'une
lourde mortalité, de
15 à 20 %.
- En fait, le profil de l'EI
a changé. Elle touche
des patients plus âgés,
n'ayant souvent pas de cardiopathie
préexistante connue.
- Les germes responsables de
l'EI ont eux aussi changé
: le staphylocoque est maintenant
le premier germe en cause et
est responsable d'endocardites
graves, surtout dans un contexte
de réanimation ou en
post opératoire. Le streptocoque
occupe la deuxième position,
plus souvent actuellement les
streptocoques du groupe D, à
point de départ digestif,
que les streptocoques oraux.
- Ne pas oublier que toute fièvre
de cause inexpliquée
durant plus de 3 jours chez
un patient à risque d'EI
est suspecte d'endocardite
infectieuse jusqu'à preuve
du contraire. Il faut
impérativement faire
des hémocultures avant
toute antibiothérapie
et ne pas hésiter à
demander un échocardiogramme
transthoracique et si besoin
transoesophagien.
- L'importance de la prévention
est capitale. Les patients à
risque d'EI et leur médecin
doivent être informés
de ce risque. Une antibioprophylaxie
s'impose lors de toute exploration
ou thérapeutique comportant
un risque infectieux : le patient
concerné doit être
porteur d'une carte indiquant
son niveau de risque.
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1. EPIDEMIOLOGIE
Le profil épidémiologique
de l'endocardite infectieuse (EI) s'est
considérablement modifié au
cours de ces dernières années.
Autrefois maladie du jeune adulte porteur
d'une valvulopathie préexistante
parfaitement identifiée -le plus
souvent une valvulopathie post-rhumatismale-,
l'EI touche maintenant des patients plus
âgés, dont une proportion significative
n'est pas identifiée comme ayant
une valvulopathie. Si l'EI résulte
toujours de la colonisation par des bactéries
circulantes du sang d'une végétation
fibrino-plaquettaire initialement stérile
développée sur un endocarde
lésé, l'origine de la bactériémie,
le micro-organisme en cause et la nature
des anomalies valvulaires ont considérablement
évolué.
Jusqu'à la fin des années
1970, les valvulopathies rhumatismales et
les cardiopathies cyanogènes congénitales
constituaient les deux principaux facteurs
prédisposants de l'EI. Puis, quelques
années après l'éradication
du rhumatisme articulaire aigu, les valvulopathies
rhumatismales ont progressivement disparu.
Mais d'autres facteurs prédisposants
sont apparus : la toxicomanie intraveineuse,
les prothèses valvulaires, les scléroses
valvulaires dégénératives
-souvent méconnues et liées
au vieillissement de la population- et la
réalisation d'actes invasifs à
risque de bactériémie, responsables
d'endocardites nosocomiales et liées
aux procédures de soins. Cette évolution
a eu au moins deux conséquences :
d'une part la non-diminution de l'incidence
des endocardites infectieuses malgré
la disparition des valvulopathies rhumatismales
et d'autre part la modification du profil
microbiologique de l'EI. Dans les séries
internationales récentes, les staphylocoques
ont supplanté les streptocoques oraux
et occupent la première place dans
la répartition des micro-organismes
responsables d'EI. En France, l'enquête
épidémiologique conduite en
1999 a également montré une
baisse significative de l'incidence des
endocardites à streptocoques oraux.
Mais cette diminution a été
compensée moins par l'augmentation
des EI à staphylocoques que par l'augmentation
des EI à streptocoques du groupe
D, qui représentaient 25% de l'ensemble
des microbes responsables d'endocardites.
Si on veut prendre la mesure de cette évolution,
il devient indispensable de considérer
maintenant l'EI comme un ensemble de situations
cliniques parfois assez différentes
les unes des autres. Ainsi, au moins cinq
catégories doivent être distinguées
: les endocardites sur valve naturelle,
les endocardites sur valve prothétique,
les endocardites survenant chez l'usager
de drogues intraveineuses, les endocardites
nosocomiales et les endocardites secondaires
à des procédures médicochirurgicales
invasives comme les explorations endovasculaires,
l'hémodialyse et l'implantation de
matériel endovasculaire ou endocavitaire
(stimulateurs et défibrillateurs
cardiaques...).
2. PHYSIOPATHOLOGIE
1 - Lésions
anatomiques et immunologiques
La lésion
infectieuse élémentaire est
une lésion proliférante composée
de dépôts fibrinoplaquettaires
initialement stériles. À l'occasion
d'une bactériémie, les bactéries
adhèrent à l'endocarde lésé
et s'y multiplient, avec pour conséquence
le développement de lésions
infectieuses associant :
des végétations infectées,
lésions proliférantes constituées
d'amas de fibrine, de plaquettes et de micro-organismes,
des lésions de destruction valvulaire,
ulcérations et perforations.
L'extension de
l'infection aux structures voisines peut
conduire à d'autres lésions
: rupture de cordages mitraux, abcès
myocardique (notamment septal en cas d'atteinte
aortique), fistulisation intercavitaire.
Les lésions valvulaires ont pour
conséquence l'apparition ou l'aggravation
d'une insuffisance valvulaire. Plus rarement
des lésions proliférantes
conduisent à une obstruction de l'appareil
valvulaire. Ces dysfonctionnements ont souvent
pour traduction clinique l'apparition ou
la majoration d'un souffle, et peuvent engendrer
une défaillance cardiaque.
Les végétations sont à
l'origine de manifestations infectieuses
et immunologiques à distance par
:
essaimage dans la circulation sanguine de
micro-organismes qui se fixent au niveau
des viscères avec constitution de
foyers septiques secondaires,
recirculation d'antigènes et de complexes
immuns qui peuvent se déposer et
entraîner des lésions de vascularite.
Au niveau des
artères, la conjonction des lésions
de vascularite d'origine immunologique et
des emboles septiques dans les vasa vasorum
peut aboutir à un anévrisme,
dit "mycotique", caractérisé
par une paroi fragile, particulièrement
exposée à la rupture, responsable
d'hémorragies viscérales.
L'endocarde étant faiblement vascularisé,
les bactéries y sont protégées
de la phagocytose par leur glycocalix et
le réseau de fibrine ; l'infection
se développe donc relativement à
l'abri des défenses immunitaires
de l'hôte, avec des inoculums bactériens
très élevés au sein
des végétations. D'autre part,
il se produit un passage permanent de bactéries
dans le sang avec recolonisation secondaire
des végétations. C'est ce
qui explique la nécessité
de recourir à une antibiothérapie
bactéricide prolongée pour
le traitement de cette infection afin d'éviter
la pérennisation de l'infection ou
la survenue d'une rechute.
2.2
- Cardiopathies à risque :
Les principales cardiopathies à risque
d'EI sont décrites dans le Tableau
1 en
fonction du niveau de risque de survenue
d'une EI. On peut aussi distinguer 3 types
d'EI en fonction de la nature de la valvulopathie
sous-jacente
2.2.1 - Endocardites
sur valves natives lésées
La lésion sous-jacente est plus souvent
une valvulopathie du coeur gauche que du
coeur droit, plutôt une insuffisance
qu'un rétrécissement valvulaire,
intéressant l'orifice aortique plus
souvent que l'orifice mitral. Le prolapsus
valvulaire mitral n'est une valvulopathie
à risque d'EI que dans les formes
s'accompagnant d'un souffle systolique ou
d'un épaississement valvulaire. Les
cardiopathies congénitales peuvent
se compliquer d'EI, qu'il s'agisse de la
tétralogie de Fallot, de la communication
inter ventriculaire ou du canal artériel
persistant. Seule la communication inter
auriculaire est considérée
comme n'étant pas à risque
d'EI. Les patients ayant déjà
fait une EI ont un risque accru de développer
une nouvelle endocardite.
2.2.2 -Endocardites
sur valves natives "apparemment saines"
Dans
près de la moitié des cas
actuellement, l'EI survient chez un sujet
au coeur apparemment sain, même si
l'EI est parfois l'occasion de découvrir
une anomalie valvulaire jusque-là
méconnue.
2.2.3 -Endocardites
sur prothèse valvulaire
Le fait
d'avoir une prothèse valvulaire constitue
le facteur de risque présumé
le plus élevé de survenue
d'une EI. Les EI sur prothèse peuvent
survenir précocement dans les premiers
mois suivant la pose de la prothèse.
Elles sont alors le plus souvent la conséquence
d'une inoculation péri-opératoire.
Néanmoins le risque d'endocardite
persiste à distance de l'intervention,
le risque cumulé d'EI tardive sur
prothèse valvulaire augmentant progressivement
avec le temps, pour dépasser 5% 5
ans après l'intervention
2.3 - Gestes
et situations à risque.
La porte d'entrée
de l'EI n'est identifiée que dans
la moitié des cas. Il peut s'agir
d'un foyer infectieux, patent ou latent,
ou d'une situation ou d'un geste susceptible
d'entraîner une bactériémie.
Toutes les études récentes
insistent sur la fréquence croissante
des EI secondaires à des procédures
médico-chirurgicales : circulation
extracorporelle, cathéters veineux,
cathétérisme cardiaque, hémodialyse,
implantation de stimulateur cardiaque, ponction
articulaire, chambre implantable sous-cutanée
pour perfusions intraveineuses, coloscopie
avec ou sans résection de polypes,
chirurgie dermatologique, dilatation urétrale…
2.4 - Microbiologie
La classification
microbiologique suivante peut être
proposée, en fonction de l'apport
des hémocultures au diagnostic des
l'EI :
EI à hémocultures positives
: il s'agit de la majorité des EI,
soit environ 85%. Les micro-organismes en
cause sont principalement les streptocoques
et les staphylocoques.
EI à hémocultures négativées
par les antibiotiques : le contexte habituel
est celui d'une EI dont le diagnostic n'a
pas été évoqué
chez un sujet ayant reçu une antibiothérapie
empirique pour fièvre inexpliquée ;
ce sont les rechutes de la fièvre
à l'arrêt de l'antibiothérapie
qui amènent à évoquer
le diagnostic.
EI à hémocultures souvent
négatives : il s'agit des EI dues
à des micro-organismes à croissance
lente ou difficile: streptocoques déficients,
bactéries du groupe HACCEK (Haemophilus
parainfluenzae, H. aphrophilus, H. paraphrophilus,
H. influenzae, Actinobacillus actinomyctemcomitans,
Cardiobacterium hominis, Capnocytophaga
canimorsus, Eikenella corrodens,
Kingella kingae et K. denitrificans),
Brucella, champignons.
EI à hémocultures conventionnelles
toujours négatives. Ces EI sont dues
à des bactéries à développement
intracellulaire obligatoire ou prédominant
: Coxiella burnetii, Chlamydia, Bartonella,
Tropheryma whipplei. Elles représentent
environ 5% des EI. Le diagnostic de ces
EI repose sur des prélèvements
spécifiques pour cultures cellulaires
et amplification génique.
2.4.1 - Endocardites
à streptocoques et entérocoques
Les streptocoques
oraux constituent un groupe hétérogène
de micro-organismes, dont les principales
espèces sont S. sanguis, S. mitis,
S. salivarius, S. mutans et dont on rapproche
Gemella morbillorum (anciennement
S. morbillorum). Les micro-organismes
de ce groupe sont presque toujours sensibles
à la pénicilline G. Les streptocoques
du groupe "milleri" ou "anginosus"
(S. anginosus, S. intermedius et S. constellatus)
doivent être considérés
à part en raison de leur tendance à
entraîner la formation d'abcès
et de métastases septiques secondaires
à une diffusion hématogène,
ce qui nécessite souvent une antibiothérapie
spécifique et plus longue que celle
des EI à streptocoques oraux.
Il faut également distinguer les streptocoques
déficients, récemment reclassés
dans d'autres espèces (Abiotrophia
et Granulicatella), qui sont souvent
tolérants à la pénicilline
(concentration minimale bactéricide
très supérieure à la
concentration minimale inhibitrice [CMI]).
Les streptocoques du groupe D forment le complexe
"Streptococcus bovis/Streptococcus
equinus" qui comprend plusieurs
espèces commensales du tube digestif
de l'homme encore récemment confondues
sous l'appellation Streptococcus bovis.
Ils sont le plus souvent parfaitement sensibles
à la pénicilline G, comme les
streptocoques oraux. Parmi les entérocoques,
E. faecalis, E. faecium, et à
un moindre degré E. durans,
sont à l'origine d'EI.
2.4.2 - Endocardites
à staphylocoques
Classiquement
les EI staphylococciques sur valve native
sont dues à S. aureus et
lorsque l'origine de l'infection est extrahospitalière,
il s'agit habituellement de souches sensibles
à l'oxacilline, tandis que dans les
EI sur prothèse, les staphylocoques
sont plus fréquemment des staphylocoques
à coagulase négative (SCN),
souvent résistants à l'oxacilline.
Cependant, dans une étude récente
de 1779 cas d'EI colligés de façon
prospective dans 16 pays (International
Collaboration on Endocarditis), S. aureus
était non seulement la première
cause d'EI mais aussi la première
cause d'EI sur prothèse valvulaire.
Inversement, les SCN peuvent également
occasionner des EI sur valve native.
3. MANIFESTATIONS
CLINIQUES
L'EI est une maladie systémique de
présentation polymorphe. Lorsque
les signes cardiaques s'associent aux signes
infectieux, le diagnostic est aisément
évoqué. Il est plus difficile
lorsque les manifestations systémiques
sont au premier plan et la maladie révélée
par un accident vasculaire cérébral,
un purpura fébrile ou un lumbago
fébrile.
Les manifestations cliniques sont très
variées, diversement associées,
à l'origine de présentations
parfois très trompeuses.
L'endocardite subaiguë, forme classique
de la maladie d'Osler, encore appelée
endocardite lente : installation progressive
des signes, sur plusieurs semaines, voire
mois, avant le diagnostic;
L'endocardite aiguë : installation
rapide, en quelques jours, d'un tableau
bruyant et grave associant un syndrome infectieux
aigu et des complications périphériques.
3.1 - Syndrome
infectieux
| Le diagnostic
d'EI doit être évoqué
systématiquement chez tout sujet
fébrile ayant un souffle valvulaire,
et des hémocultures doivent alors
être réalisées. |
La fièvre est le plus constant des
symptômes ; d'allure variable : décalage
fébrile modéré à
38-38,5 °C, fièvre en plateau,
oscillante, ou simple fébricule. Des
périodes d'apyrexie sont possibles
soit spontanées, soit provoquées
par une antibiothérapie prescrite sans
diagnostic.
L'altération de l'état général
peut associer de façon variable une
asthénie, un amaigrissement, des sueurs,
une pâleur.
La splénomégalie est retrouvée
dans 20 à 40% des cas. 3.2
- Signes cardiaques
Devant un syndrome infectieux inexpliqué,
le souffle cardiaque authentifie la localisation
de l'infection au niveau de l'endocarde
valvulaire et a une valeur diagnostique
considérable, la plus grande valeur
étant à l'apparition d'un
nouveau souffle ou à la modification
d'un souffle connu. L'absence de souffle
ne permet cependant pas d'exclure le diagnostic.
D'autres manifestations cardiaques, rarement
inaugurales, peuvent survenir au cours de
l'évolution :
insuffisance cardiaque, le plus souvent
gauche ; toute insuffisance cardiaque fébrile
doit faire évoquer le diagnostic
d'endocardite;
autres complications plus rares :
- péricardite;
- insuffisance coronarienne;
- les troubles de conduction peuvent témoigner
d'une atteinte myocardique ; en particulier
la survenue d'un bloc auriculo-ventriculaire
au cours d'une endocardite aortique doit
faire évoquer la survenue d'un abcès
septal.
3.3 -Manifestations
extracardiaques
3.3.1 - Les signes
cutanés
Ils sont
présents dans 5 à 15% des
cas. Le purpura pétéchial
évolue par poussées et siège
aux conjonctives, sur les muqueuses buccales,
sur les membres inférieurs. Les nodosités
d'Osler (ou «faux panaris»)
de valeur diagnostique pathognomonique doivent
être recherchées à l'interrogatoire.
Souvent précédé d'une
sensation douloureuse, le nodule, de la
taille d'une lentille rouge ou violacée,
siège à la pulpe des doigts
ou des orteils, sur l'éminence thénar
ou hypothénar ou sur les oreilles.
Il est fugace et disparaît après
quelques jours sans laisser de trace. Les
placards érythémateux palmoplantaires
de Janeway sont plus rares.
3.3.2 - Les signes
respiratoires
Une toux peut être révélatrice.
Une dyspnée d'aggravation progressive
témoigne de l'évolution de
l'insuffisance cardiaque. L'endocardite
tricuspidienne chez l'usager de drogues
par voie IV se manifeste souvent par une
toux et une dyspnée fébrile,
témoins d'emboles septiques pulmonaires
multiples.
3.3.3
- Les signes ophtalmologiques
Le purpura conjonctival est considéré
comme évocateur du diagnostic d'endocardite
infectieuse. Tout aussi évocatrices
sont les taches de Roth au fond d'oeil,
constituées d'hémorragies
associées à des exsudats blanchâtres.
3.3.4
-Les signes rhumatologiques
Les manifestations rhumatologiques
sont fréquentes. Il s'agit d'arthralgies
des membres, de lombalgies devant faire
rechercher une spondylodiscite, de myalgies,
parfois aussi de véritables arthrites.
3.3.5
- Les signes neurologiques
Observés dans 15% des cas,
ils sont parfois inauguraux. Leurs mécanismes
sont divers et parfois intriqués,
associant phénomènes emboliques,
anévrismes artériels, abcès
et méningites. Ces lésions
peuvent se compliquer d'infarctus et surtout
d'hémorragies cérébrales
ou cérébroméningées.
Leur expression clinique est variée.
3.3.6
-Les signes rénaux
Il existe des atteintes rénales
spécifiques de l'endocardite (protéinurie
ou hématurie isolée mais aussi
insuffisance rénale par atteinte
glomérulaire), à distinguer
des autres causes possibles d'atteintes
rénales au cours de la maladie :
néphropathies interstitielles en
rapport avec une toxicité médicamenteuse,
atteinte rénale secondaire à
l'insuffisance cardiaque, infarctus par
emboles rénaux.
4. DIAGNOSTIC
Les
2 piliers du diagnostic des EI sont les
hémocultures et l'échocardiographie
4.1 - Les
hémocultures
Elles
constituent l'examen fondamental et permettent
d'isoler le micro-organisme responsable
de l'endocardite dans 90 % des cas.
Trois prélèvements sanguins
veineux en moyenne doivent être réalisés.
Le sang ne doit pas être prélevé
au travers d'un cathéter. Des hémocultures
complémentaires sont pratiquées
durant 2 ou 3 jours si les hémocultures
initiales sont négatives, notamment
chez les sujets ayant reçu préalablement
des antibiotiques. La majorité des
micro-organismes poussent en quelques jours,
mais il faut parfois un temps plus long
pour isoler des micro-organismes à
croissance difficile : bactéries
du groupe HACCEK, Brucella, streptocoques
déficients et levures. Il est donc
indispensable de signaler au laboratoire
de microbiologie la suspicion diagnostique
d'EI au moment où les hémocultures
sont réalisées.
Si la présomption d'endocardite est
forte, lorsque les hémocultures restent
négatives, il convient d'envisager
les étiologies des EI à hémocultures
négatives évoquées
ci-dessus et de recourir à d'autres
méthodes diagnostiques (tableau
2).
4.2 - Échocardiographie
L'échographie
cardiaque permet d'affirmer le diagnostic
lorsqu'elle montre l'une des lésions
caractéristiques de l'EI que sont
une végétation, un abcès,
une perforation valvulaire ou une désinsertion
de prothèse.
La végétation
: l'échocardiographie transthoracique
se révèle sensible et très
spécifique, surtout avec la qualité
actuelle de l'imagerie. De surcroît,
le recours systématique à
l'échographie transoesophagienne
a permis d'augmenter la sensibilité
de l'examen. Les végétations
apparaissent comme des masses mobiles, hyperéchogènes,
finement vibratiles, attenantes aux valves,
et de taille variable. Dans les EI sur valves
natives, l'échographie transthoracique
détecte les végétations
valvulaires avec une sensibilité
de 70 % environ. L'échographie transoesophagienne
augmente nettement cette sensibilité,
qui dépasse 90%. Dans les EI sur
prothèse valvulaire, la sensibilité
de l'échographie transthoracique
est moindre et l'échographie transoesophagienne
est indispensable.
En cas de forte présomption clinique
et de négativité de l'échographie
transoesophagienne, celle-ci doit être
répétée, les anomalies
pouvant devenir visibles secondairement,
même sous traitement.
Un abcès péri annulaire
,
sur valve native ou sur prothèse,
est présent dans 30% des cas, localisé
le plus souvent au niveau de l'anneau aortique
postérieur, plus rarement de l'anneau
mitral. Les abcès sont mal visualisés
par l'échographie transthoracique ;
l'écho transoesophagienne est beaucoup
plus performante pour le diagnostic.
L'échographie permet également
d'apprécier l'importance des dégâts
et la présence d'éventuelles
complications : capotage ou désinsertion
d'une valve, existence d'un abcès
péri annulaire, perforation valvulaire
responsable
d'une régurgitation aiguë et
souvent massive, rupture de cordage,
anévrisme du sinus de Valsalva.
Sur les prothèses valvulaires, l'EI
se complique fréquemment d'abcès
péri annulaires et de désinsertion
de prothèse .
L'échographie Doppler permet
également d'apprécier le retentissement
des dysfonctions valvulaires ou prothétiques,
par l'étude de la dilatation
et de la fonction ventriculaires gauches,
des pressions droites, etc…
On estime que l'échocardiographie
permet de conforter le diagnostic d'endocardite
infectieuse chez plus de 90% des malades.
L'examen garde toutefois des limites: il
existe des faux négatifs ; en outre,
l'échocardiographie ne permet pas
de distinguer une végétation
"active" d'une végétation
séquellaire, stérilisée.
4.3 - Classification
diagnostique des endocardites infectieuses
L'affirmation du diagnostic d'EI
peut être difficile, pour différentes
raisons. Les manifestations cliniques de
l'endocardite sont très variées,
peu spécifiques et peuvent toucher
plusieurs organes.
De ce fait,
l'endocardite infectieuse est un diagnostic
différentiel de nombreuses affections
avec manifestations systémiques.
La pratique actuelle de l'antibiothérapie,
le plus souvent empirique, conduit fréquemment
à la prescription d'antibiotiques
avant la réalisation d'hémocultures,
même chez des valvulaires fébriles
; ceci a pour conséquence d'empêcher
la pousse des hémocultures réalisées
ultérieurement et prive le clinicien
d'un élément diagnostique
majeur.
Démontrer
l'existence d'une végétation
n'est pas non plus toujours aisé.
La démonstration formelle repose
sur l'examen histologique de la végétation,
ce qui suppose l'intervention chirurgicale
ou l'autopsie, procédures qui ne
sont heureusement pratiquées que
dans une minorité de cas à
la phase aiguë de l'endocardite. Même
si les techniques échocardiographiques
actuelles, particulièrement l'échographie
trans-oesophagienne, ont une sensibilité
et une spécificité supérieures
à 90% pour le diagnostic d'endocardite,
la visualisation des végétations
reste parfois difficile, notamment lorsqu'elles
sont de petite taille ou situées
sur des valves prothétiques.
Pour toutes ces raisons, des erreurs diagnostiques,
le plus souvent par excès mais aussi
par défaut, sont possibles.
C'est aussi pour cela qu'il est indispensable
de pouvoir recourir à une classification
diagnostique validée, permettant
à tous les cliniciens et chercheurs
de "parler le même langage"
et de décrire des situations cliniques
polymorphes avec les mêmes outils.
Les premières classifications diagnostiques
relatives à l'EI étaient avant
tout un "outil épidémiologique",
destiné à permettre aux cliniciens
de comparer des caractéristiques
épidémiologiques, éventuellement
de sélectionner sur des critères
reproductibles des patients pour l'inclusion
dans des essais thérapeutiques.
Ces classifications n'avaient pas pour but
premier d'aider le clinicien dans sa pratique
clinique, notamment à répondre
à répondre aux questions suivantes
: "Ce malade a-t-il une endocardite
infectieuse ou non ?", "Doit-il
être traité comme une endocardite
infectieuse ?". L'actuelle classification
de Duke (modifiée par Li et al.),
s'est imposée comme l'outil de référence,
bien validé, à la fois sensible
et spécifique (cf. tableaux 3
et 4
).
Cette classification, de par sa présentation,
paraît plus apte à répondre
à ces questions (comme les critères
de Jones dans le rhumatisme articulaire
aigu), même si elle n'a été
ni construite ni validée dans ce
but. Il convient donc de rester prudent
dans l'utilisation des critères de
Duke comme outil de diagnostic individuel
et d'aide à la décision thérapeutique,
tout au moins tant qu'ils n'auront pas été
évalués dans ce sens.
A tout prendre, il reste préférable
de faire reposer la décision de traiter
une endocardite sur le jugement clinique
d'un médecin plutôt que sur
le résultat de l'application d'une
classification diagnostique, si performante
soit-elle.
5. ÉVOLUTION
- COMPLICATIONS - PRONOSTIC
L'insuffisance cardiaque
est la première cause de mortalité
de l'EI à la phase aiguë, suivie
par les complications neurologiques (ischémiques
d'origine embolique ou hémorragiques),
les arythmies et les troubles de conduction.
Les EI à staphylocoques et les EI
sur prothèse sont associées
aux taux de létalité les plus
élevés. Ainsi le taux de létalité
des EI à staphylocoques sur prothèse
peut atteindre 50%, alors qu'il n'est que
de 10% pour une EI sur valve naturelle à
streptocoques oraux.
Les facteurs du pronostic à long
terme sont moins bien connus. L'année
qui suit l'hospitalisation est marquée
par une mortalité encore élevée,
puis la courbe de survie se stabilise pour
devenir à peu près parallèle
à celle de la population générale.
Ainsi le taux de survie des patients ayant
survécu à la période
hospitalière initiale d'une EI est
de l'ordre de 85% à 5 ans et
de 75% à 10 ans. Passée
la première année, le principal
facteur influençant le pronostic
à long terme est l'âge du malade.
Le pronostic est fonction :
du profil évolutif, les endocardites
aiguës ayant un pronostic plus défavorable
que les endocardites subaiguës ;
de la localisation de l'infection, les endocardites
aortiques se compliquant plus souvent d'une
insuffisance cardiaque ou d'abcès
et nécessitant souvent une intervention
chirurgicale ;
de la nature de la valve, la mortalité
des EI sur prothèse étant
au moins deux fois supérieures à
celle des EI sur valve native ;
du micro-organisme en cause : Staphylococcus
aureus, le pneumocoque et les BGN sont
plus souvent responsables de destructions
valvulaires graves ; les agents fongiques
sont responsables de la formation de végétations
très volumineuses, sont moins accessibles
au traitement anti-infectieux et nécessitent
presque toujours un traitement chirurgical
;
du terrain : diabète, immunodépression,
insuffisance cardiaque.
6. TRAITEMENT
6.1
- Antibiothérapie
La végétation de l'EI constitue
un foyer infectieux difficile d'accès
pour les antibiotiques qui doivent exercer
un effet bactéricide. Idéalement,
cette bactéricidie doit être
obtenue le plus rapidement possible et maintenue
en permanence. Les doses d'antibiotiques
doivent être importantes pour assurer
en permanence des concentrations élevées.
En effet, la diffusion de certains antibiotiques
peut être très hétérogène
au sein des végétations, ce
qui peut expliquer, pour certains antibiotiques
peu diffusibles, la plus grande difficulté
à éradiquer le micro-organisme
dans des végétations de grande
taille. D'autre part, la densité
bactérienne et l'activité
métabolique ralentie des bactéries
au sein de la végétation peuvent
rendre compte d'une sensibilité in
vivo réduite par rapport à
ce que peuvent prédire les tests
in vitro effectués dans
les conditions standard. Pour ces raisons,
le traitement antibiotique doit être
habituellement de longue durée.
En pratique, la voie intraveineuse doit
être considérée comme
la voie d'administration de référence
car elle assure une biodisponibilité
totale.
Au cours du traitement antibiotique, la
disparition de la fièvre et le maintien
de l'apyrexie, la négativation des
hémocultures et la disparition du
syndrome inflammatoire biologique sont les
meilleurs garants d'efficacité de
l'antibiothérapie.
6.1.1
- Antibiothérapie des endocardites
infectieuses à streptocoques et entérocoques
Nous ne considérerons
que les EI dues aux streptocoques oraux,
aux streptocoques du groupe D et aux entérocoques
pour lesquels il existe un consensus assez
clair dans la littérature (Tableaux
5
et 6 ).
Dans les EI sur valve native, lorsque la
souche de streptocoque est normalement sensible
à la pénicilline (CMI ≤
0,1 mg/l), ce qui est le cas pour la plupart
des streptocoques oraux et du groupe D,
le traitement de référence
associe la pénicilline G à
la posologie de 10 à 20 millions
d'unités par jour et un aminoside
(gentamicine, 3 mg/kg/j ou nétilmicine,
5 à 6 mg/kg/j, en une injection)
pendant 2 semaines dans les formes non compliquées
(absence d'abcès intracardiaque,
de localisations extracardiaques et de chirurgie
valvulaire précoce). En cas de contre-indication
aux aminosides (clairance de la créatinine
< 20 ml/mn), une monothérapie
par pénicilline pendant 4 semaines
permet d'obtenir des taux de succès
équivalents. Dans chacun de ces schémas,
la pénicilline G peut être
remplacée par la ceftriaxone (2 g/j
en une administration), permettant une simplification
du traitement.
Pour les streptocoques à sensibilité
réduite à la pénicilline
(0,1 < CMI ≤ 0,5 mg/l), l'association
pénicilline G + aminoside est recommandée,
en utilisant des doses plus élevées
de pénicilline (30 millions par jour
chez l'adulte). L'amoxicilline constitue
une alternative à la pénicilline,
à la dose de 200 mg/kg/j en 6 injections.
Ce dernier schéma doit être
préféré pour les EI
à streptocoques déficients
ou tolérants. La durée de
l'association doit être de 2 semaines,
la durée totale de traitement de
4 semaines au moins, jusqu'à 6 semaines
en cas d'évolution prolongée
avant traitement ou de forme compliquée.
Les EI à
streptocoques de CMI supérieure à
0,5 mg/l et les EI à streptocoques
déficients (Abiotrophia et Granulicatella)
doivent être traitées comme
les EI à entérocoques.
Le traitement
des EI à entérocoques est
plus difficile car ces micro-organismes
sont moins sensibles à la pénicilline
(CMI habituellement supérieure à
1 mg/l), sont constamment résistants
aux céphalosporines et ont parfois
un haut niveau de résistance aux
aminosides (CMI > 2000 mg/l). La monothérapie
par Beta-lactamine n'est souvent que bactériostatique
et l'obtention d'un effet bactéricide
nécessite l'action synergique d'une
Beta-lactamine ou d'un glycopeptide en association
avec un aminoside comme la gentamicine ou
la streptomycine. Cependant, lorsqu'il existe
un haut niveau de résistance aux
aminosides, la synergie bactéricide
de l'association Beta-lactamine + aminoside
n'est pas obtenue et par conséquent
l'association n'est pas justifiée.
En l'absence de haut niveau de résistance
aux aminosides, les associations amoxicilline
+ aminoside selon les modalités précédemment
décrites ou vancomycine (30 mg/kg/j
en 2 administrations) + aminoside sont recommandées.
La durée de traitement doit être
de 6 semaines, dont classiquement au moins
4 semaines de bithérapie. En cas
de haut niveau de résistance à
l'ensemble des aminosides, une monothérapie
par vancomycine pendant au moins 8 semaines
est recommandée, en l'absence de
résistance à la vancomycine.
En cas de résistance combinée
à la pénicilline, à
la vancomycine et aux aminosides, peu d'options
thérapeutiques ont été
validées. Le risque d'échec
de l'antibiothérapie est tel que
la chirurgie représente probablement
la seule chance de guérison. Dans
les EI à E. faecalis l'association
de 2 Beta-lactamines est l'option actuellement
recommandée (amoxicilline + ceftriaxone
ou imipénem). Dans les EI à
E. faecium, le linézolide
et la quinupristine-dalfopristine ont été
utilisés chez un petit nombre de
patients. Ces 2 antibiotiques doivent être
administrés pendant au moins 8 semaines.
Les données cliniques concernant
la daptomycine sont encore trop parcellaires
pour pouvoir recommander son utilisation
dans les EI à entérocoques
multirésistants.
Chez le sujet allergique à la pénicilline,
la vancomycine constitue l'alternative de
choix. Il est possible d'utiliser également
un autre glycopeptide, la teicoplanine (dose
de charge de 6 mg/kg toutes les 12 heures
pendant 48 heures, suivie d'une administration
quotidienne de 6-10 mg/kg).
Dans les EI sur prothèse valvulaire,
les mêmes schémas thérapeutiques
s'appliquent. Des durées minimales
de traitement de 4 semaines pour un streptocoque
sensible et de 6 semaines pour un entérocoque
sont recommandées, dont au moins
2 et 4 semaines de bithérapie respectivement.
En cas de remplacement valvulaire au cours
du traitement d'une EI due à ces
micro-organismes, la durée du traitement
postopératoire doit être de
4 à 6 semaines si la culture des
prélèvements per-opératoire
est positive. Si la culture est négative,
la durée totale prévue de
traitement n'a pas lieu d'être modifiée.
6.1.2 - Antibiothérapie
des endocardites infectieuses à staphylocoques

Dans les EI
sur valve native, le traitement repose,
si le micro-organisme est sensible à
l'oxacilline et en l'absence d'allergie
à la pénicilline, sur l'utilisation
de l'oxacilline ou de la cloxacilline (150
mg/kg/j en 6 perfusions intraveineuses sans
dépasser 6 à 8 g/j) ou du
céfamandole (75 à 100 mg/kg/j
en 6 perfusions intraveineuses) associée
dans un premier temps à un aminoside
(gentamicine ou nétilmicine). La
durée optimale de l'association est
de 3 à 5 semaines. Il n'y a pas de
démonstration d'un bénéfice
à poursuivre l'aminoside plus longtemps.
La durée totale de traitement doit
être de 4 à 6 semaines. En
cas d'allergie à la pénicilline,
l'association céfamandole + aminoside
est possible s'il ne s'agit pas d'une allergie
de type anaphylactique (durée de
traitement identique tant en ce qui concerne
la bithérapie que la durée
totale de traitement). Dans le cas contraire,
la vancomycine est recommandée. Cependant,
la vancomycine, en raison de sa lenteur
de bactéricidie, est moins efficace
que les Beta-lactamines dans le traitement
des EI à staphylocoques sensibles
à l'oxacilline, pour lesquelles le
choix de l'oxacilline ou de la cloxacilline
doit donc être privilégié.
Le traitement des EI à staphylocoques
résistants à l'oxacilline
doit impérativement faire appel à
la vancomycine. La teicoplanine peut constituer
une alternative à la vancomycine
à condition d'être utilisée
à des posologies plus élevées
que dans le traitement des EI à streptocoques,
de façon à obtenir des taux
sériques résiduels compris
entre 20 et 30 mg/l. L'association d'un
aminoside à la vancomycine doit être
réservée au traitement des
EI causées par des souches de staphylocoques
sensibles aux aminosides et la durée
de traitement par aminosides doit être
limitée à 5 jours. Si la souche
est résistante aux aminosides, l'adjonction
à la vancomycine d'un autre anti
staphylococcique majeur peut être
envisagée, mais l'efficacité
de ce type d'association n'est pas démontrée.
Dans les EI non compliquées à
staphylocoques sensibles à la méticilline
chez l'usager de drogues intraveineuses,
une antibiothérapie intraveineuse
pendant 2 semaines par cloxacilline associée
ou non à un aminoside a fait la preuve
de son efficacité. En cas de difficulté
à poursuivre le traitement en hospitalisation
ou par voie intraveineuse, il est possible
de recourir à l'association ciprofloxacine
+ rifampicine par voie orale, à condition
que la souche soit sensible aux 2 antibiotiques
et que l'observance du traitement soit parfaite.
Dans les EI sur prothèse valvulaire,
il s'agit le plus souvent d'un staphylocoque
résistant à l'oxacilline.
Une triple association vancomycine + rifampicine
+ aminoside est recommandée dans
ce type de situation, sous réserve
que la rifampicine et l'aminoside soient
actifs in vitro. Pour le traitement
des EI sur prothèse valvulaire à
staphylocoques sensibles à l'oxacilline,
les associations oxacilline + rifampicine
+ aminoside ou, chez l'allergique à
la pénicilline, vancomycine + rifampicine
+ aminoside, selon les mêmes modalités
que précédemment, sont recommandées.
La durée de traitement doit être
d'au moins 6 semaines, dont 2 semaines d'association
avec l'aminoside. Un remplacement de la
prothèse doit être systématiquement
envisagé dans les EI staphylococciques
sur prothèse, surtout en cas de survenue
de l'EI précocement après
la pose de la prothèse valvulaire.
6.1.3 - Antibiothérapie
des endocardites infectieuses à hémocultures
négatives
Il s’agit d’une
situation clinique délicate qui nécessite
une démarche diagnostique rigoureuse
en collaboration étroite avec le
laboratoire de bactériologie. En
attendant les résultats de ces hémocultures
et des sérologies spécifiques,
un traitement associant amoxicilline + aminoside
est commencé dans l’hypothèse
d’une EI à streptocoques déficients.
En cas d’EI sur prothèse valvulaire,
le choix thérapeutique dépend
de la date de survenue de l’EI par
rapport à l’implantation de
la prothèse. En cas d’EI survenant
moins d’un an après l’implantation
de la prothèse, la probabilité
de la responsabilité d’un staphylocoque,
notamment un SCN, souvent résistant
à la méticilline, est élevée.
Une association triple de type vancomycine
+ rifampicine + aminoside est recommandée.
L’indication d’un remplacement
valvulaire doit être rapidement envisagée
en cas d’évolution clinique
non favorable. En cas d’EI plus tardive,
la responsabilité d’un staphylocoque
reste possible, mais d’autres micro-organismes
peuvent être responsables, notamment
les streptocoques et les bactéries
du groupe HACEK. Une association de type
vancomycine + aminoside est recommandée
en première intention. L’adjonction
d’une céphalosporine de troisième
génération (céfotaxime,
100-200 mg/kg/j en 6 perfusions) est recommandée
en cas d’échec du traitement
de première intention.
L’antibiothérapie
des EI dues à des micro-organismes
ne cultivant pas sur milieux standards (C.
burnetii, Bartonella, Legionella, Tropheryma
whipplei ) est l’affaire de spécialistes
et n’est pas détaillée
ici.
6.2 - Traitement
Chirurgical
6.2.1 - Méthodes
Le traitement chirurgical
de l’EI aiguë permet d'améliorer
la survie des malades présentant
une destruction valvulaire d’origine
infectieuse par rapport au traitement médical
isolé. Il repose sur des principes
simples et comporte deux temps : le débridement
de tous les tissus infectés ou nécrosés,
puis la reconstruction de tous les dégâts
anatomiques.
En cas d’EI simple, limitée
aux sigmoïdes ou aux valves, des méthodes
de réparation ou de remplacement
valvulaire peuvent être utilisées
et le choix de l’une ou de l’autre
technique suit les principes classiques
de la chirurgie valvulaire.
Il est possible d’effectuer un remplacement
valvulaire en présence d’une
infection active, sans contamination de
la nouvelle prothèse. De bons résultats
sont obtenus aussi bien avec les valves
mécaniques qu’avec les valves
biologiques.
En position mitrale
et tricuspide, à chaque fois que
cela est possible, la préservation
et la réparation de valve native
demeure le traitement de choix.
6.2.2 - Indications

La chirurgie valvulaire
durant la phase aiguë d'une EI est
recommandée en cas d’insuffisance
cardiaque congestive secondaire à
une IA ou une IM aiguë, d’infection
réfractaire après 8 jours
d'antibiothérapie, d’infections
à micro-organismes de faible sensibilité
aux antibiotiques, de lésions péri-annulaires
à type d’abcès ou de
faux-anévrysme, ou en cas d'embolies
récidivantes. Pour les EI sur prothèse,
à ces indications s’ajoutent
les EI post-opératoires précoces
et les désinsertions de prothèse.
Depuis peu, des indications d’ordre
thrombo-embolique ont été
ajoutées, la chirurgie étant
recommandée en cas de végétation
mobile de plus de 10 mm durant les 7 à
14 premiers jours de traitement ou dès
le premier épisode embolique.
On tend également à envisager
la chirurgie à un stade plus précoce
pour les indications admises. Il existe
en effet des arguments en faveur d’interventions
plus précoces afin de diminuer le
risque de complications de l’EI et
d'opérer des patients à un
stade où ils présentent moins
de facteurs de risques de morbi-mortalité
opératoire et où la destruction
tissulaire demeure relativement limitée.
L'indication chirurgicale peut ainsi être
discutée en phase aiguë dans
les situations suivantes :
Lorsqu'il existe une régurgitation
volumineuse, surtout en position aortique,
même si la tolérance hémodynamique
est bonne. Ces régurgitations aiguës
évoluent en règle rapidement
vers l’insuffisance cardiaque qui
accroît la mortalité opératoire.
En
cas de persistance du syndrome infectieux
avec cultures positives après 3 à
5 jours, surtout en présence de germes
virulents (Staphylococcus aureus notamment).
Le but est notamment d’éviter
une intervention complexe en raisons de
lésions péri-valvulaires étendues,
exposant notamment au risque de déhiscence
et donc de réintervention.
En présence de végétations
volumineuses (> 15 mm) et mobiles avant
la survenue d'une embolie. Ces patients
sont exposés à un risque embolique
élevé, y compris après
l’instauration du traitement antibiotique.
L’indication opératoire doit
alors être discutée précocement,
durant les 2 premières semaines de
traitement qui sont la période durant
laquelle le risque embolique est le plus
élevé. Les embolies sont le
plus souvent cérébrales ce
qui, outre les séquelles possibles,
accroît la morbi-mortalité
opératoire si la chirurgie doit être
effectuée précocement après
un accident vasculaire cérébral
(AVC).
Le recours à
la chirurgie est fréquent en phase
aiguë lorsque l'EI concerne une prothèse
valvulaire. Un traitement uniquement médical
peut être envisagé dans certains
cas sélectionnés : EI à
germes sensibles (en particuliers streptocoques
à CMI basse), réponse rapide
à l’antibiothérapie,
absence d’abcès, de dysfonction
de prothèse, ou de végétation
volumineuse.
Le recours à la chirurgie est plus
rare dans les EI du cœur droit, se
limitant aux rares insuffisances cardiaques
réfractaires et aux végétations
très volumineuses (> 20 mm).
7.
PREVENTION
La prévention de l’EI vise
à empêcher la greffe de bactéries
sur l’endocarde chez les patients
présentant une cardiopathie prédisposante.
Cette prévention ciblée chez
les patients à risque repose sur
le dépistage et le traitement des
portes d’entrée potentielles
et sur une antibioprophylaxie lors de gestes
invasifs connus pour provoquer une bactériémie.
L’intérêt de cette dernière
est actuellement controversé. En
effet, les bactériémies sont
le plus souvent imprévisibles car
sans doute plus liées à des
gestes de la vie quotidienne qu’à
des gestes médicaux. Le nombre d’EI
évitables par l’antibioprophylaxie
est donc probablement très faible.
D’autre part dans le contexte actuel
d’augmentation de la résistance
des bactéries aux antibiotiques,
il paraît souhaitable de limiter les
indications des antibiotiques aux situations
où ils ont fait la preuve de leur
efficacité, ce qui n’est pas
le cas de la prévention de l’EI.
C’est pourquoi les experts réunis
en 2002 pour réviser la conférence
de consensus française de 1992 sur
la prophylaxie de l’EI ont souhaité
limiter les indications de l’antibioprophylaxie.
7.1
- Cardiopathies à risque d’endocardite
infectieuse
Le risque de survenue
d’une EI sur une cardiopathie donnée
est le plus souvent estimé de façon
très indirecte en comparant la fréquence
des différentes cardiopathies dans
les grandes séries d'EI à
leur fréquence estimée dans
la population générale. Le
choix d'un seuil au-dessus duquel le risque
d’EI peut être considéré
comme élevé est nécessairement
arbitraire. Toute classification ne peut
donc être qu'indicative. La gravité
potentielle de la survenue d'une EI sur
une cardiopathie donnée doit aussi
être prise en considération.
C’est ce qui a conduit les membres
de la Conférence d’Experts
française de 2002 à distinguer
au sein des cardiopathies à risque
les cardiopathies à haut risque (groupe
A) et les cardiopathies à moindre
(groupe B). Les situations cardiaques qui
ne sont pas mentionnées dans le Tableau
1 doivent être considérées
comme à faible risque d’EI.
Les patients des groupes A et B doivent
être informés de ce risque
et porter une carte permettant d’identifier
la cardiopathie à risque (Tableau
1) .
7.2
- Mesures générales de prévention
Tous les patients
ayant une cardiopathie à risque du
groupe A ou B, doivent impérativement
et très régulièrement
être informés de la nécessité
de consulter rapidement en cas de fièvre
et de l’importance de la réalisation
d’hémocultures avant la prescription
d’antibiotiques.
Toutes les infections localisées
quel qu'en soit le siège, notamment
à staphylocoque ou streptocoque,
constituent des portes d'entrée potentielles
d'EI chez les sujets porteurs de cardiopathie
à risque. Elles doivent donc être
traitées efficacement et rapidement.
L’utilisation de cathéters
intraveineux doit être limitée
dans ses indications et sa durée
chez le patient ayant une cardiopathie à
risque.
7.3.
Prévention des endocardites d’origine
dentaire
La première mesure à préconiser
pour prévenir les EI d’origine
dentaire est de tenter de limiter les bactériémies
spontanées ou survenant lors de la
mastication par le maintien d’une
hygiène bucco-dentaire rigoureuse.
Celle-ci repose sur un brossage correct
et régulier des dents et sur une
visite semestrielle chez le dentiste permettant
des soins de détartrage réguliers
et l'éradication des foyers infectieux
potentiels ou avérés.
La preuve épidémiologique
d’un rôle direct des soins dentaires
dans les EI fait défaut. Toutefois,
après une extraction dentaire ou
une chirurgie parodontale, plus de 60% des
sujets ont une bactériémie,
le plus souvent due à un streptocoque.
C’est pourquoi, il est recommandé
de proposer une antibioprophylaxie aux sujets
du groupe A lors de tout acte bucco-dentaire
invasif : détartrage, surfaçage,
avulsion, orthopédie dento-faciale,
biopsie des glandes salivaires accessoires.
Cette antibioprophylaxie n’est qu’optionnelle
pour les patients du groupe B ; les principaux
éléments en faveur de la prescription
d’une antibioprophylaxie chez ces
patients sont un âge élevé,
un déficit immunitaire, un diabète,
une hygiène bucco-dentaire défectueuse,
un risque de saignement important et le
souhait du patient après information.
Les soins dentaires doivent dans tous les
cas être réalisés sous
couverture de bains de bouche à la
chlorhexidine et en un minimum de séances.
Chez les sujets du groupe A, les traitements
canalaires doivent être évités
et l'extraction préférée
; la chirurgie parodontale est déconseillée.
Chez les patients du groupe B, les traitements
radiculaires peuvent être entrepris
s’ils sont réalisés
sous digue et en une seule séance.
7.4.
Prévention des endocardites au cours
des gestes à risque autres que buccodentaires
La fréquence des bactériémies
atteint ou dépasse 10% en cas d'amygdalectomie,
de dilatation œsophagienne, de sclérothérapie
de varices œsophagiennes, de lithotritie
ou de résection transuréthrale
de prostate, surtout si les urines sont
infectées ou colonisées. Les
endoscopies digestives sont grevées
d'un risque plus faible de bactériémie
et n'ont qu'exceptionnellement été
rapportées responsables d'EI. Le
risque de bactériémie semble
faible lors de manœuvres gynéco-obstétricales
(sauf en cas d'infection associée)
ou d'échographie transœsophagienne
et ces gestes ne justifient donc pas une
antibioprophylaxie. A noter que, du fait
du risque infectieux, les dispositifs contraceptifs
intra-utérins sont contre-indiqués
chez les femmes des groupes A et B. Les
principaux gestes autres que bucco-dentaires
justifiant une antibioprophylaxie sont présentés
dans le tableau 9 .
7.5. Modalités
de l’antibioprophylaxie
Il a été montré que
les antibiotiques administrés en
prophylaxie de l’EI ne diminuent pas
la fréquence des bactériémies,
mais qu’ils agissent principalement
après l'adhésion des bactéries
sur l'endocarde, en inhibant leur croissance
au sein de la végétation,
permettant ainsi leur élimination
progressive dans la circulation.
Les antibiotiques administrés doivent
être actifs sur les principales bactéries
responsables d'EI, c'est-à-dire les
streptocoques oraux, en cas de geste dentaire
et les entérocoques et les streptocoques
du groupe D, en cas de geste digestif ou
urinaire. Les principaux antibiotiques ayant
montré une efficacité dans
les modèles expérimentaux
sont la vancomycine, la teicoplanine, l'amoxicilline,
la clindamycine, les synergistines, l’azithromycine
et la clarithromycine. En cas de geste dentaire
ou portant sur les voies aériennes
supérieures, on utilisera l’amoxicilline
ou, en cas d’allergie, la pristinamycine,
la clindamycine ou un glycopeptide cf: tableau
10 .
Les streptocoques d’origine digestive
ou urinaire ayant une moindre sensibilité
aux antibiotiques, l'utilisation d'une association
synergique ampicilline-gentamicine ou glycopeptide-aminoside
est préférable.
Dans la plupart des cas, l'antibiotique
doit être administré en prise
unique par voie orale pendant l'heure précédant
le geste. Lorsque la voie orale est impossible,
la voie intraveineuse est utilisée
pour la première administration.
Lors d’un geste n’ayant pas
initialement justifié d’antibioprophylaxie,
si des difficultés faisant craindre
une bactériémie au cours de
sa réalisation, comme un saignement,
des difficultés augmentant sa durée
ou la découverte d’une lésion
à risque, il peut être indiqué
de débuter une antibioprophylaxie
dans l’heure qui suit le début
du geste.
En cas d’intervention chirurgicale
sur la cavité buccodentaire, sous
anesthésie générale,
ou de geste portant sur les voies urinaires
ou digestives, la première dose administrée
par voie veineuse est suivie d’une
seconde dose administrée per os 6
heures plus tard. Ces modalités de
l’antibioprophylaxie ne s’appliquent
pas aux cas où une antibiothérapie
curative est justifiée, comme par
exemple lors d’une appendicectomie.
En cas de prise prolongée d'antibiotiques,
les molécules utilisées pour
l'antibioprophylaxie ne doivent pas être
exposées à des résistances
croisées avec les antibiotiques prescrits
au long cours. Ainsi, si l'antibiothérapie
au long cours comprend une bêta-lactamine,
on utilisera pour la prophylaxie les médicaments
proposés pour les patients allergiques
aux bêta-lactamines. Dans les situations
requérant une antibioprophylaxie
à la fois de l’EI et des infections
du site opératoire, l’antibiotique
retenu doit avoir une activité sur
les streptocoques, les entérocoques
et/ou les staphylocoques et un profil pharmacocinétique
adapté à la prévention
de l’EI.
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