Les cardiopathies congénitales sont des affections fréquentes : leur prévalence à la naissance est approximativement de 8 pour 1000 naissances. Cette prévalence décroît ensuite avec l'âge car un certain nombre d'enfants, de moins en moins nombreux de nos jours, porteurs de cardiopathies inopérables, vont mourir, généralement tôt. A l'inverse, certaines anomalies mineures présentes à la naissance vont rapidement disparaître spontanément (ex : les petits canaux artériels et communications inter ventriculaires du nouveau-né).
ETIOLOGIE
L'étiologie en est
le plus souvent inconnue. Néanmoins, comme
la pathologie malformative en général, les
malformations du système cardiovasculaire
peuvent être dues à 2 groupes de facteurs
:
1. Les facteurs
génétiques
Ils sont responsables
de 10 % environ des cardiopathies congénitales.
Un facteur génétique peut être incriminé
dans 3 types de circonstances :
- les cardiopathies des aberrations chromosomiques,
- les cardiopathies congénitales familiales
(ex : sténose aortique supra valvulaire,
certains cas de cardiomyopathie hypertrophique,
ou de communication inter auriculaire),
- les cardiopathies qui s'intègrent dans
le cadre d'affections dont la transmission
héréditaire est reconnue (ex : myopathies,
maladies du tissu élastique de type syndrome
de Marfan).
En ce qui concerne les aberrations chromosomiques,
les cardiopathies constituent l'une des
malformations les plus fréquemment rencontrées
dans les syndromes polymalformatifs de ces
patients. Le cas le plus fréquent est celui
de la trisomie 21 : les ¾ environ des trisomiques
21 sont atteints de cardiopathie, la plus
fréquente étant le canal atrio-ventriculaire
complet (mais communication inter ventriculaire,
canal artériel, tétralogie de Fallot peuvent
être rencontrés).
Parmi les aberrations gonosomiques, le syndrome
de Turner (45, X0) comporte souvent une
coarctation, ou d'autres anomalies aortiques.
Au cours de la dernière décennie, l'origine
génétique de nombreuses cardiopathies, entrant
notamment dans le cadre de syndromes polymalformatifs,
a été reconnue grâce aux progrès de la génétique
moléculaire : par exemple, la microdélétion
du bras court du chromosome 22 (autrefois
appelée " syndrome de Di George ") qui comporte
souvent une tétralogie de Fallot ou une
cardiopathie voisine. De même, l'origine
génétique du syndrome de Williams a pu être
affirmée.
2. Les embryofoetopathies
ou "facteurs d'environnement"
La période
dangereuse pour l'embryogenèse du
cœur se situe entre le 20ème
et le 40ème jours de gestation. C'est
durant cette période que des agents
tératogènes divers peuvent
induire des malformations : agents infectieux
(rubéole...), médicamenteux
(par exemple la thalidomide il y a une vingtaine
d’années), physiques (rayons
X), métaboliques et nutritionnels
(diabète, alcool...).
L'embryofœtopathie rubéolique
est la plus classique, mais a disparu de
nos jours dans les pays occidentaux grâce
à la vaccination des filles non immunisées
: les malformations les plus habituelles
concernaient les organes sensoriels (surdité,
cécité) ; la cardiopathie
était le plus souvent la persistance
du canal artériel, parfois communication
inter auriculaire ou inter ventriculaire...
3. En fait, plusieurs
types de facteurs sont souvent impliqués,
par exemple des facteurs génétiques
ne s'exprimant que dans certaines conditions
d'environnement... l'hérédité
des cardiopathies congénitales est
souvent multifactorielle.
CLASSIFICATION
DES CARDIOPATHIES CONGENITALES
Il existe des cardiopathies
non cyanogènes et des cardiopathies cyanogènes.
1. Les shunts
gauche-droite
En raison du régime de pressions plus élevé dans la grande circulation que dans la petite, un défaut de cloisonnement du cœur ou la persistance d'une communication anormale entre cavités gauches et droites suffit à la création d'un shunt gauche-droite (le sang passant toujours de la cavité à haute pression : gauche, vers la cavité à basse pression : droite).
Il peut s'agir :
- d'une communication inter auriculaire
ou inter atriale, ou CIA : étage
atrial,
- d'une communication inter ventriculaire
ou CIV : étage ventriculaire,
- de la persistance du canal artériel
(PCA) : étage des gros vaisseaux.
Les autres shunts
sont plus rares : canal atrio-ventriculaire,
retour veineux pulmonaire anormal dans les
cavités droites...
Le
shunt gauche-droite va entraîner un
apport supplémentaire de sang dans
la circulation pulmonaire: il y a donc augmentation
du débit pulmonaire, d'autant plus
importante que la communication est plus
large ; s'il est important, cet hyperdébit
peut s'accompagner d'une hypertension artérielle
pulmonaire ou HTAP.
L'hyperdébit
et l'HTAP sont responsables de la défaillance
cardiaque fréquemment observée
dans les CIV ou les autres shunts larges
au cours de la première année
de vie.
La baisse du débit
systémique explique l’hypotrophie
habituelle des nourrissons porteurs de larges
shunts.
Les troubles respiratoires (broncho-pneumopathies)
sont également très fréquents
sur des poumons fragilisés par l'hyperhémie.
La maladie artériolaire pulmonaire
obstructive est le risque évolutif
majeur des HTAP. Une réduction du
calibre des artérioles pulmonaires
destinée à protéger
le capillaire apparaît, au prix d'une
élévation importante des résistances
à l'écoulement du sang. Les
lésions sont d'abord réversibles,
puis deviennent définitives avec
fibrose artériolaire, irréversibles
même si la communication anormale
est supprimée. Ces lésions
définitives, aboutissant à
la constitution d'une HTAP majeure fixée,
surviennent en général durant
les premières années de vie,
d'où l'importance d'une correction
chirurgicale précoce en cas de large
shunt.
2. Les obstacles isolés
Les obstacles à
la sortie du cœur siègent sur
la voie gauche ou droite. Ils entraînent
une élévation de la post-charge,
avec hypertension en amont de la sténose
et surcharge ventriculaire systolique.
Les trois obstacles les plus fréquents sont
:
Au niveau des cavités gauches :
- sténose aortique : surtout valvulaire,
plus rarement supra valvulaire ou sous valvulaire
- coarctation ou sténose isthmique
de l'aorte
Au niveau des cavités droites :
- sténose pulmonaire : le plus souvent
valvulaire, plus rarement supra valvulaire
ou sous-valvulaire, c'est à dire
infundibulaire
Rarement :
- Rétrécissement mitral congénital
- Cœur triatrial (une membrane sépare
l'atrium gauche en 2 chambres, d’où
l’appellation de « coeur triatrial
» donc à 3 cavités atriales);
tableau voisin d'un rétrécissement
mitral).
- HTAP idiopathique.
3. Les cardiopathies
cyanogènes
La cyanose traduit
l'existence d'une désaturation artérielle
périphérique : elle signifie
qu'il existe au moins 5g d'hémoglobine
réduite pour 100 ml de sang. Les
causes peuvent en être diverses (respiratoires
par exemple) ; dans le cas des cardiopathies
congénitales, elle est due au passage
de sang veineux désaturé provenant
des veines caves dans l'aorte : il s'agit
donc d'un shunt droite-gauche. Elles représentent
ce que l'on appelait autrefois "les
maladies bleues".
Un shunt droite-gauche
peut se produire dans 2 types de circonstances
:
L’association d’un obstacle
sur la voie pulmonaire et d’un shunt
en amont (pour que le sang désaturé
passe de droite à gauche, il est
obligatoire que les pressions droites soient
supérieures aux pressions gauches)
Les erreurs de cloisonnement ou de "branchement"
(ex : la transposition des gros vaisseaux,
dans laquelle l’aorte est issue du
ventricule droit et l’artère
pulmonaire du ventricule gauche ; le ventricule
droit à double issue, dans lequel
les 2 gros vaisseaux naissent du même
ventricule ; le ventricule unique, dans
lequel il n’existe qu’une seule
cavité ventriculaire, etc…).
4. Autres anomalies
Malpositions du cœur
dans son ensemble :
Situs inversus (le "situs", c'est
à dire la situation des oreillettes
et des viscères abdominaux, normal
est dit "solitus"). Au stade initial
de formation du tube cardiaque, il y a inversion
des ébauches droite et gauche, ce
qui donne un cœur qui est l'image en
miroir du cœur normal. Il existe de
plus une inversion des viscères abdominaux
(foie, rate, estomac...)
Dextrocardie : la pointe du cœur est
à droite
Dextroposition cardiaque : le cœur
dans son ensemble est dévié
vers la droite, par exemple en cas d’hypoplasie
pulmonaire. |