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DEFINITION
Le terme d'extrasystole
est utilisé pour distinguer une contraction
cardiaque prématurée. Celle-ci est due à
une activation électrique ectopique naissant
d'un territoire myocardique différent du
noeud sinusal.
L'extrasystole représente
l'arythmie la plus fréquente, elle peut
se rencontrer à tous les âges de la vie,
et même au stade foetal. Sa fréquence augmente
avec l'âge. Les extrasystoles peuvent provenir
de n'importe quelle zone myocardique. Leur
détection peut se faire dès l'auscultation
ou la prise du pouls mais l'électrocardiogramme
est nécessaire pour préciser son siège.
Les travaux expérimentaux
suggèrent que deux grands mécanismes sont
en cause pour aboutir à la naissance d'une
extrasystole, que celle-ci soit atriale,
jonctionnelle, hissienne ou ventriculaire.
On distingue ainsi
:
1 - des arythmies par anomalies de naissance
de l'influx (ou anomalie de l'automaticité).
Il s'agit le plus souvent de l'exaltation
de foyers potentiels, normalement inhibés,
sous l'influence de causes métaboliques
extracardiaques. Ce peut être aussi la conséquence
de post-potentiel oscillants, ou post-dépolarisation
tardive, qui sont surtout les conséquences
de lésions myocardiques, notamment ischémiques.
2 - des arythmies
par anomalies du cheminement de l'influx
ou réentrée (anomalie de conduction).
La réentrée est la conséquence d'altérations
électrophysiologiques de certaines fibres
myocardiques pathologiques voisinant avec
des fibres saines, ce qui entraîne des disparités
de périodes réfractaires et de vitesse de
conduction. Ces anomalies peuvent aboutir
à la création d'un circuit particulier.
Un seul influx pourra alors être responsable
de plusieurs dépolarisations successives
du tissu myocardique.
Il semble que les
phénomènes de réentrée soient prédominants,
mais en réalité, l'importance respective
de ces divers mécanismes n'est pas bien
connue et il est probable que les deux soient
susceptibles de s'associer.
CARACTERES COMMUNS AUX DIFFERENTES EXTRASYSTOLES
Selon la position
de l'extrasystole dans le rythme sinusal
de base, on a décrit différents caractères
communs à toutes les extrasystoles. Celles-ci
peuvent être définies par la durée de leur
cycle (couplage) ou par le cycle suivant
l'extrasystole (cycle post extrasystolique).
1 - Couplage
Le degré de prématurité
d'une extrasystole s'exprime par son temps
de couplage avec le complexe qui la précède
: c'est l'intervalle séparant le début du
complexe sinusal du début de l'extrasystole
(intervalle P - P' pour une extrasystole
atriale ; intervalle R - R' pour une extrasystole
jonctionnelle ou ventriculaire).
L'intervalle de couplage
peut être :
court, lorsque le complexe extrasystolique
survient pendant ou immédiatement après
la repolarisation du complexe précédent.
long, lorsque l'extrasystole survient
à distance de l'onde T précédente.
Le couplage peut
être fixe, lorsque la durée du cycle extrasystolique
est identique pour toutes les extrasystoles
de même origine, ou variable.
2 - Cycle post extrasystolique
Suivant la longueur
du cycle qui suit l'extrasystole (cycle
de retour), on a décrit différentes variantes
:
les extrasystoles interpolées :
elles s'intercalent entre les complexes
du rythme de base sans le modifier. L'interpolation
est un phénomène peu fréquent, observé surtout
lorsque le rythme de base est lent et l'extrasystole
peu prématurée.
les extrasystoles avec pause compensatrice
complète : elles sont suivies d'un intervalle
post-extrasystolique, dont la durée compense
exactement la précocité de l'extrasystole,
de telle sorte que la régularité du rythme
de base n'est pas modifiée. La pause compensatrice
complète est très fréquente, notamment dans
les extrasystoles ventriculaires.
les extrasystoles avec pauses compensatrices
incomplètes : elles sont suivies d'un intervalle
long mais dont la durée ne compense pas
exactement la précocité de l'extrasystole.
Ce type d'extrasystole est le plus habituel
à l'étage atrial.
les extrasystoles décalantes : elles sont
suivies d'un intervalle égal en durée à
celui du cycle de base. Elles sont peu fréquentes.
3 - Classification
selon la fréquence et le groupement des
extrasystoles
3.1 - Les allorythmies
On les définit par
la survenue répétée d'extrasystole selon
un rythme régulier et répétitif.
Bigéminisme : une extrasystole alternée
avec un complexe sinusal.
Trigéminisme : une extrasystole
alternée avec deux complexes sinusaux.
Quadrigéminisme : une extrasystole
alternée avec trois complexes sinusaux.
3.2 - Répétition des
extrasystoles
La survenue de plusieurs
complexes extrasystoliques consécutifs permet
de définir :
le doublet : constitué de deux extrasystoles
successives.
le triplet : constitué de trois extrasystoles.
la succession de plus de trois extrasystoles
constitue une salve. A l'étage ventriculaire,
la survenue de plus de trois complexes QRS
successifs extrasystoliques de même morphologie
définie une tachycardie ventriculaire.
EXTRASYSTOLES
ATRIALES
Le diagnostic d'extrasystole
atriale repose sur trois éléments :
l'existence d'une onde P', prématurée par
rapport au cycle atrial de base.
la morphologie de cette onde P', qui est
différente de celle des ondes sinusales.
la durée de l'intervalle P'R', supérieure
ou égale à 0,12 seconde.
Le diagnostic est
habituellement facile. La difficulté principale
peut être d'identifier l'onde P' lorsqu'elle
est très prématurée ; elle se superpose
alors à l'onde T du complexe précédent.
L'aspect de l'onde
P' peut être très divers, car il dépend
du siège atrial de l'extrasystole. Une onde
P' de type "rétrograde" est négative en
dérivation D2, D3, VF, indiquant une origine
basse, dans le voisinage du noeud atrio-ventriculaire
.
La conduction intracardiaque
de l'impulsion atriale-extrasystolique est
habituellement suivie d'un ventriculogramme
identique à celui du rythme de base. Cependant,
lorsque l'extrasystole atriale est très
prématurée, il peut arriver que l'influx
soit arrêté ou ralenti dans sa progression
par des états réfractaires relatifs ou absolus,
notamment lorsqu'il chemine à travers la
jonction atrio-ventriculaire ou les branches
du faisceau de His.
Il peut donc en résulter
:
un allongement de l'espace P'R'.
une absence de conduction au ventricule
par blocage nodal ou hissien. L'onde P'
est alors isolée, non suivie d'un ventriculogramme
(onde P bloquée).
une aberration de conduction intra-ventriculaire.
Le QRS est alors élargi, il est différent
de celui du QRS de base. Il s'agit en général
d'un bloc de branche fonctionnel, intéressant
le plus souvent la branche droite.
Sur un même tracé,
peuvent s'associer, en fonction d'une prématurité
variable des extrasystoles, des troubles
divers de la conduction atrio-ventriculaire
et des aberrations de morphologies variées.
EXTRASYSTOLES
JONCTIONNELLES
Le diagnostic d'extrasystole
jonctionnelle repose en principe sur les
critères suivants :
un complexe QRS prématuré, de même aspect
que celui du complexe QRS de base.
au voisinage de ce QRS, soit aucune onde
P', soit une onde P' de type rétrograde,
située soit après le complexe QRS, soit
immédiatement avant lui, avec un intervalle
P' R' inférieur à 0,12 seconde.
Après l'extrasystole
jonctionnelle, la conduction de l'impulsion,
à partir du foyer extrasystolique peut être
ralentie ou stoppée à différents niveaux
:
l'absence de conduction aux oreillettes
se traduit par un complexe QRS de même aspect
que le QRS de base, isolé, sans onde P'.
le retard de la conduction au niveau des
ventricules peut placer le complexe QRS
après l'onde P' rétrograde. L'extrasystole
jonctionnelle devient alors indifférenciable
d'une extrasystole atriale basse.
une aberration de conduction intraventriculaire
peut également élargir et déformer un complexe
ventriculaire, de la même façon que dans
les extrasystoles atriales (bloc fonctionnel).
L'extrasystole jonctionnelle peut alors
être impossible à distinguer d'une extrasystole
ventriculaire sur l'ECG de surface.
EXTRASYSTOLES VENTRICULAIRES
Le diagnostic d'extrasystole
ventriculaire (ESV) repose sur les deux
éléments suivants :
l'existence d'un complexe QRS prématuré
et élargi (plus de 0,12 seconde), différent
des complexes QRS de base.
l'absence d'onde P prématurée avant le complexe
QRS.
Le diagnostic est
en général facile. Exceptionnellement, une
extrasystole ventriculaire peut être simulée
par une extrasystole jonctionnelle conduite
avec aberration ventriculaire. Lorsque l'activité
atriale n'est pas sinusale, mais qu'au contraire
il existe une fibrillation atriale, il peut
quelquefois être difficile de distinguer
les extrasystoles ventriculaires de complexes
d'origine supraventriculaire avec bloc de
branche.
Dans ces conditions,
certains caractères plaident en faveur d'une
aberration de conduction, plutôt que d'une
extrasystole ventriculaire :
la rapidité de l'arythmie complète,
L'aspect typique d'un bloc de branche habituel,
notamment droit (rSR' en précordiale droite).
l'absence de pause compensatrice après les
complexes QRS larges.
La survenue d'un complexe QRS élargi après
une altérnance cycle long - cycle court
(phénomène d'Ashmann).
1 - L'aspect ECG des
ESV est variable
1.1 - Selon la prématurité
La prématurité des
ESV peut être plus ou moins importante.
Lorsque l'ESV est très précoce, elle peut
coïncider avec la fin voire le sommet, de
l'onde T du complexe précédent. Elle survient
alors dans la phase dite vulnérable, risquant
de déclencher une fibrillation ventriculaire,
notamment en cas d'ischémie myocardique
aiguë.
Parfois, les extrasystoles
surviennent très tardivement dans le cycle.
Lorsqu'elle survient après l'onde P sinusale
suivante, le ventricule est alors dépolarisé
de façon quasi-simultané, d'une part par
le foyer extrasystolique ventriculaire,
d'autre part par les voies endohissiennes
qui conduisent l'influx d'origine sinusale.
Il en résulte un complexe QRS modérément
élargi réalisant un complexe de fusion.
1.2 - Selon le lieu
d'origine
L'aspect du complexe
QRS extrasystolique permet de déterminer
au niveau de quel ventricule se situe le
foyer ectopique. L'origine ventriculaire
droite est vraisemblable lorsque le complexe
QRS extrasystolique a un aspect de retard
gauche, qui rappel plus ou moins le bloc
de branche gauche, avec une déflexion précoce
en précordiales droites, et tardive
en précordiales gauches.
A l'inverse, l'origine
ventriculaire gauche est probable lorsque
le complexe QRS extrasystolique a un aspect
de retard droit, se traduisant par une déflexion
précoce en précordiales gauches et tardive
en précordiales droites, rappelant la forme
d'un bloc de branche droit.
1.3 - Selon les variations
du QRS :
Sur un même tracé,
les ESV n'ont pas forcément toutes la même
morphologie. Lorsque les ESV ont précisément
toutes le même aspect, elles sont dites
monomorphes.
Lorsqu'il existe
plusieurs foyers ectopiques, les différents
complexes QRS extrasystoliques ont une morphologie
différente. Les ESV sont dites polymorphes,
et le temps de couplage de chaque variété
d'extrasystole est en principe différent.
1.4 - Selon le nombre
:
La survenue des ESV
étant habituellement très variable dans
le temps, l'ECG habituel est peu adapté
au comptage des extrasystoles. Un comptage
précis du nombre d'extrasystole ne peut
être réalisé que par un ECG continu sur
24 heures (Holter). Chez l'adulte, le nombre
des extrasystoles ventriculaires ne doit
pas dépasser 100 à 200 par 24 heures.
La fréquence des
ESV n'est pas le seul critère pronostic.
On doit tenir compte également du caractère
répétitif, du polymorphisme, de la prématurité...
Plusieurs tentatives
de classifications des extrasystoles ventriculaires
ont été faites en s'appuyant sur les critères
de celles-ci. Malheureusement, aucune classification
n'est pleinement satisfaisante. Leurs buts
étaient de tenter d 'apporter un caractère
pronostic a l'extrasystolie.
Actuellement le caractère
pronostic repose essentiellement sur la
cardiopathie sous-jacente. La suppression
de l'extrasystolie n'a jamais montré d'amélioration
de la survie des patients. C'est principalement
le traitement et la stabilisation de la
cardiopathie sous-jacente qui importe. |