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Les anévrysmes de l'aorte thoracique posent
des problèmes de technique chirurgicale
très spécifiques que nous n'aborderons que
superficiellement .
Par contre, ils demandent à être reconnus.
Les circonstances de découverte les plus
fréquentes sont :
Fortuite : sur une radiographie pulmonaire,
un scanner réalisé pour une autre raison,
un bilan d'anévrysme de l'aorte abdominale,
une échographie cardiaque, trans-thoracique
ou trans-œsophagienne, etc.
Compression d'un organe voisin :
compression trachéale, paralysie récurrentielle,
dysphagie par un anévrysme de la crosse
; Compression de la bronche souche gauche,
dysphagie par un anévrysme de l'aorte thoracique
descendante.
A l'occasion d'une complication :
dissection aortique, rupture, fissuration.
LES ANEVRYSMES DE
L'AORTE ASCENDANTE DIAPORAMA
1
Qu'ils soient d'origine
dystrophique (Marfan, Maladie annulo-ectasiante)
ou athéromateuse, ils doivent être opérés
car le risque de fissuration ou de rupture
dans le péricarde et/ou le médiastin est
très élevé. Ils sont susceptibles, par ailleurs,
d'évoluer vers une dissection secondaire.
On est amené à envisager
leur traitement soit à la suite d'une découverte
radiologique systématique, soit lors du
bilan d'une insuffisance valvulaire aortique
(Marfan, Maladie annulo-ectasiante), soit
à l'occasion d'une complication : fissuration
ou dissection.
Pour l'étiologie
et le bilan diagnostic, nous renvoyons au
chapitre des généralités.
Les principes du
traitement chirurgical sont les suivants
:
Pour un anévrysme aortique de la portion
ascendante
On procède à la mise
à plat-greffe par un tube prothétique sus-coronaire.
Si l'anévrysme se limite a la portion ascendante
en restant à distance du tronc artériel
brachio-céphalique, le geste est réalisé
sous CEC conventionnelle et cardioplégie.
Dans les autres cas le geste sera réalisé
sous hypothermie profonde, arrêt circulatoire,
et rétroperfusion cérébrale pendant la phase
d'arrêt circulatoire. Cette technique a
l'avantage de réaliser l'anastomose distale
à ciel ouvert.
Pour un anévrysme dystrophique associé à
une insuffisance aortique
L'indication opératoire
relève soit de l'IA (Cf. chapitre concerné),
soit de l'anévrysme (diamètre > 5 cm), soit
les deux. La chirurgie doit remplacer toute
la racine de l'aorte par une greffe composite
: un tube synthétique, d'un diamètre de
30 mm, est anastomosé sur l'anneau aortique
après résection de la valvule. A son autre
extrémité, il est anastomosé à l'aorte thoracique
au ras du TABCD. Ce tube comporte à son
extrémité proximale une prothèse valvulaire,
mécanique ou biologique suivant l'âge du
patient. Les ostia coronariens doivent être
réinsérés sur le tube prothétique au dessus
du plan de la prothèse valvulaire. Cette
anastomose se fait par suture directe des
ostias sur la prothèse (opération de Bentall).
Réalisée en dehors
d'une complication aiguë telle qu'une fissuration
ou une dissection, cette chirurgie a d'excellents
résultats avec une mortalité opératoire
de l'ordre de 5%. Le pronostic est ensuite
celui d'un porteur de prothèse valvulaire.
ANEVRYSME
DE LA CROSSE AORTIQUE
Plus rare que les
précédents, il est le plus souvent découvert
à l'occasion d'une radiographie de thorax
effectuée systématiquement ou pour une autre
pathologie. Plus rarement, c'est une complication
qui le révèle : compression (trachée, œsophage,
phrénique, récurrent), soit fissuration
ou rupture avec hémomédiastin et hémothorax.
Le traitement chirurgical
consiste également à remplacer la crosse
par un tube prothétique en réimplantant
les artères à destinée encéphalique dans
ce tube. Il y a deux difficultés techniques
majeures :
La voie d'abord
L'abord chirurgical
de la crosse est très difficile car sur
cette portion l'aorte quitte le médiastin
antérieur pour le médiastin postérieur et
passe de l'hémithorax droit vers l'hémithorax
gauche. Deux voies d'abord sont utilisables
:
- une sternotomie
couplée à une thoracotomie transversale
gauche dans le 2ème espace intercostal.
- une bi thoracotomie
transversale dans le 2ème espace intercostal
à droite et le 4ème à gauche avec section
transversale du sternum entre les deux.
La protection cérébrale
En effet, la crosse
aortique étant totalement exclue de la circulation
pour son remplacement, les artères à destinée
encéphalique sont non circulantes et le
cerveau ne peut pas tolérer une ischémie
> 3 mn. La solution la plus communément
retenue à l'heure actuelle est l'hypothermie
profonde à 18°C avec arrêt circulatoire
: le patient est mis en CEC entre les deux
veines caves et l'artère fémorale et par
le circuit, on refroidit progressivement
la totalité de l'organisme jusqu'à 18° de
température œsophagienne.
A ce niveau, le cœur
est protégé par l'injection d'une cardioplégie
classique. La CEC est arrêtée et, sans hémorragie
aucune, on peut alors réséquer la crosse
de l'aorte, la remplacer par un tube synthétique
sur lequel on réimplante les artères à destinée
encéphalique. Comme dans la chirurgie de
la dissection, la protection cérébrale peut
être améliorée par la rétroperfusion cérébrale
par la veine cave supérieure avec retour
par les artères cérébrales (injection par
la CEC, à un très faible débit de l'ordre
de 250 ml).
ANEVRYSME
DE L'AORTE THORACIQUE DESCENDANTE DIAPORAMA
2
1
- L'étiologie :
l'athérome : le plus fréquent.
la dissection aortique : évolution chronique
d'un type III de De Bakey.
post traumatique : c'est la rupture de l'isthme
de l'aorte qui sera envisagée à part.
2 - traitement chirurgical
dans les 2 premières étiologies
Leur diagnostic repose
surtout sur le scanner éventuellement complété
par une artériographie. L'artère d'ADAMKIEWICZ
est une artère terminale destinée à la moelle.
Elle est une branche collatérale d'une artère
intercostale, classiquement entre D8 et
L2, plus souvent une intercostale gauche
que droite (75% des cas à gauche, 25% des
cas à droite). Les nombreuses variations
anatomiques de la naissance de l'artère
d'ADAMKIEWICZ ainsi que son extrême fragilité
rendent compte d'un taux de paraplégie post-opératoire
incompressible et indépendant de la technique
chirurgicale utilisée de 5%.
Le principe du traitement
chirurgical est la mise à plat-greffe, la
protection médullaire étant assurée par
une CEC fémoro-fémorale, ou plus souvent
par une hypothermie profonde. Le pronostic
est dominé par les paraplégies post opératoires
: lorsque le clampage d'aval doit être très
bas situé, il est capital de réimplanter
dans la prothèse les intercostales non thrombosées
susceptibles de vasculariser la moelle.
3 - Les anévrysmes
post-traumatiques DIAPORAMA
3
Il s'agit en fait
de faux anévrysmes, constitués par la rupture
sous adventicielle de l'aorte, le sang étant
contenu par l'adventice intact.
3.1 - Bases anatomiques
Comme nous l'avons
vu, l'aorte thoracique est divisée en trois
segments dont le
degré de mobilité est différent :
le segment III est fixé au rachis par les
paires d'artères intercostales. Le segment
II est semi-mobile, appendu aux trois artères
à destinée encéphalique. Le segment I est
totalement mobile et, circonstance aggravante,
porteur à son extrémité de la masse cardiaque
animée d'une certaine énergie cinétique
lors d'un accident à grande vitesse.
En effet, c'est au
cours de décélérations
brutales que peut survenir une rupture
aortique, le plus souvent à la jonction
du segment fixe et du segment semi-mobile
: c'est à dire l'isthme de l'aorte. L'aorte
peut être sectionnée transversalement sur
ces trois tuniques : il s'en suit une mort
immédiate sur les lieux de l'accident.
Dans d'autres cas,
seules l'intima et la média sont rompues
de façon plus ou moins circonférentielle
et l'hémorragie est contenue par l'adventice
dilatée : c'est le faux anévrysme.
3.2 - Evolution spontanée
On estime que 80
% de ces faux anévrysmes sont susceptibles
de se rompre secondairement dans les 24
heures qui suivent le traumatisme. On a
pu décrire des ruptures secondaires jusqu'au
90ème jour si bien que ce n'est qu'après
le 3ème mois que le faux anévrysme passe
à la phase chronique, avec organisation
fibreuse et calcaire de sa paroi (4 % des
cas). Il s'agit alors d'un véritable anévrysme
susceptible d'évoluer comme un autre : thrombose,
fissuration, rupture, compression. Le taux
élevé de ruptures précoces rend compte de
la nécessité du diagnostic rapide et du
traitement chirurgical en urgence.
3.3 - Circonstance
de découverte
Dans les suites d'un
accident comportant une décélération brutale
(accident de la voie publique à vitesse
élevée ou chute d'un lieu élevé), on reçoit
un polytraumatisé avec le plus souvent des
lésions osseuses multiples, un traumatisme
abdominal, voir un traumatisme crânien compliqué
ou non sur le plan neurologique. C'est la
radiographie de thorax qui doit attirer
l'attention, en montrant un
élargissement du médiastin supérieur.
Cette anomalie est parfois difficile à mettre
en évidence sur un cliché de thorax réalisé
en urgence sur un brancard et qui n'est
donc pas un télé-thorax avec une distance
ampoule-malade rigoureuse. Parfois, est
réalisé un syndrome de pseudo-coarctation
avec diminution, voire abolition des pouls
fémoraux : l'hématome sous-adventiciel comprime
le segment aortique d'aval, gênant ou interrompant
la circulation.
En fait, c'est le
plus souvent le doute sur la radio de thorax
simple qui conduit à réaliser quelques coupes
de scanner : l'hématome du faux anévrysme
est alors bien visible, sous forme d'un
élargissement du bouton aortique, souvent
associé à un hémo-médiastin par suffusion
hémorragique au travers de l'adventice.
En cas de doute,
le diagnostic est confirmé par l'angiographie
numérisée, éventuellement par voie veineuse,
mais plutôt par voie artérielle.
3.4 - Traitement chirurgical
Il a pour but de
réséquer la portion d'aorte porteuse de
la rupture sous-adventicielle. L'aorte d'amont
est clampée au ras de la sous-clavière ou
entre carotide gauche et sous-clavière gauche
et l'aorte d'aval à quelques centimètres
en dessous de l'hématome. L'adventice est
ouverte. On régularise alors les bords de
l'aorte. Idéalement, ceux-ci sont suturés
l'un à l'autre, en termino-terminal, en
jouant sur la souplesse des paroi aortiques
dans cette lésion fraîche. Ce n'est que
dans le traitement des anévrysmes chroniques
que l'on est amené à interposer un tube
prothétique entre les deux tranches aortiques.
Au cours de cette
intervention sous clampage aortique, la
protection médullaire est assurée par une
CEC fémoro-fémorale.
L'intervention doit
être réalisée dès le diagnostic posé, sauf
si une autre lésion menace plus rapidement
la vie du patient (rupture de la rate).
La stratégie chirurgicale peut également
être compliquée en présence d'un traumatisme
crânien, comportant une contusion cérébrale
à haut risque hémorragique. La CEC, réalisée
sous anti-coagulation efficace, est susceptible
de déclencher ou d'aggraver une hémorragie
cérébrale. Dans ces circonstances, on doit
modifier le circuit extra-corporel : supprimer
l'oxygénateur artificiel qui nécessiterait
une anticoagulation, la tubulure étant réduite
à sa plus simple expression et utilisable
sans héparine. Cette CEC est alors mise
en place entre l'OG (sang déjà oxygéné)
et l'aorte en aval du clampage, le sang
étant pulsé dans ce shunt par une pompe
non-occlusive.
Le pronostic de ces
ruptures isthmiques opérées est excellent,
surtout si on le considère isolément en
dehors des autres lésions incluses dans
le polytraumatisme.
LES ANEVRYSMES
THORACO-ABDOMINAUX
Il s'agit d'anévrysmes
de l'aorte thoracique descendante étendus
plus ou moins loin sur l'aorte abdominale,
éventuellement jusqu'aux artères iliaques.
Ils sont heureusement rares car ce sont
eux qui posent les problèmes opératoires
les plus importants.
Ils relèvent de
l'opération de Crawford, par un grand abord
chirurgical: thoraco-phréno-laparotomie
dans l'espace rétropéritonéal. Le principe
est de remplacer toute l'aorte anévrismale
par un tube de dacron sur lequel devront
être réimplantées les différentes artères
: un groupe d'intercostales susceptibles
de vasculariser la moelle épinière, le tronc
coeliaque, l'artère mésentérique supérieure,
l'artère mésentérique inférieure et éventuellement
les artères rénales. Les problèmes sont
donc dominés par la protection médullaire
et le risque de paraplégie mais aussi par
les risques d'ischémie mésentérique et rénale
imposant de réaliser à grande vitesse les
diverses anastomoses. Ce geste est actuellement
réalisé sous hypothermie profonde.
LES PROTHESES
ENDOVASCULAIRES COUVERTES
Elles représentent
un nouveau type de traitement de certains
anévrysmes de l'aorte thoracique descendante.
Il s'agit d'une prothèse tissée montée sur
une armature métallique déployable. Cette
prothèse est introduite par voie fémorale
jusque dans l'aorte thoracique. Positionnée
par scopie au niveau de la zone à exclure,
le cylindre externe qui maintient la prothèse
fermée est glissé vers le bas. Libre de
cette contrainte extérieure, l'endoprothèse
se déploie et se plaque contre la paroi
aortique excluant ainsi la zone anévrysmale. |