Recommandations de la Société
française de cardiologie concernant la pratique de la réadaptation cardiovasculaire chez
l'adulte
Pourquoi ces recommandations ?
La réadaptation cardiovasculaire (RC) a été introduite en France au début des
années 1970 ; ses effets indéniables sur l'amélioration de la tolérance à l'effort et
sur l'élévation du seuil angineux dans la maladie coronaire, ont contribué à en faire
un traitement à part entière des cardiopathies ischémiques. On note depuis le début
des années 1990 un net regain d'intérêt pour cette discipline, lié à différents
facteurs :
- mise en évidence d'une diminution de la mortalité à long terme chez les patients
réadaptés au décours d'un infarctus myocardique [1, 2] ;
- ralentissement, voire régression, du processus athéromateux coronaire par une
prévention secondaire multifactorielle [3, 4] ;
- extension des indications à des cardiopathies sévères, concernant en particulier les
patients atteints d'insuffisance cardiaque chronique autrefois exclus de la réadaptation
cardiovasculaire [5, 6] ;
- enfin, diminution globale des coûts de santé à moyen et long terme chez les patients
réadaptés (selon les conclusions d'études scandinaves et américaines [7-9], données
actuellement non disponibles en France).
Une enquête sur les Unités de réadaptation cardiovasculaire en France réalisée en
1990 au sein du Groupe de travail « Évaluation fonctionnelle et réadaptation du
cardiaque » avait révélé la disparité de ces unités quant au nombre annuel de
patients traités, ou au contenu de leur programme.
C'est pourquoi il a semblé utile d'élaborer ces recommandations visant à harmoniser
les indications et le fonctionnement des différentes structures de réadaptation
cardiovasculaire, en tenant compte de la spécificité du système de soins français et
de guidelines déjà publiées par d'autres sociétés savantes européennes ou
américaines [10-12].
Les objectifs de la réadaptation cardiovasculaire sont précisés par la définition
de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) [13] :
« La réadaptation cardiovasculaire est l'ensemble des activités nécessaires pour
influencer favorablement le processus évolutif de la maladie, ainsi que pour assurer aux
patients la meilleure condition physique, mentale et sociale possible, afin qu'ils
puissent par leurs propres efforts, préserver ou reprendre une place aussi normale que
possible dans la vie de la communauté. »
Ainsi définie, la réadaptation cardiovasculaire ne peut plus se résumer à la
mobilisation précoce et au réentraînement physique.
Si la récupération d'une capacité physique aussi bonne que possible reste
primordiale, celle-ci doit s'inscrire dans un programme plus vaste, associant évaluation
fonctionnelle et actions éducatives permettant au patient de poursuivre tout au long de
sa vie prévention secondaire et entraînement physique.
La réadaptation cardiovasculaire est classiquement en Europe divisée en 3 phases :
- phase I, ou phase hospitalière, dont la durée ne cesse de diminuer, limitant ainsi les
complications du décubitus prolongé ;
- phase II, post-hospitalière immédiate, dite phase de convalescence active, durant 3 à
6 semaines, s'effectuant en Unité de réadaptation cardiovasculaire ;
- phase III, ou phase de maintenance, débutant avec la reprise par le patient de ses
activités habituelles : cette phase, dont le suivi est effectué par les praticiens
habituels du patient, est déterminante pour l'évolution ultérieure de la maladie car
largement conditionnée par l'observance des conseils hygiéno-diététiques.
Ces recommandations, centrées sur le fonctionnement des Unités de réadaptation
cardiovasculaire, intéressent essentiellement la phase II.
Les indications qui sont proposées ici sont classées en :
- indications reconnues : fondées sur une argumentation scientifique, ou, en l'absence de
preuves scientifiques suffisantes, sur un consensus des experts ;
- indications possibles : dans les autres cas.

Indications de la réadaptation cardiovasculaire
Maladie coronaire
La maladie coronaire représente la plus ancienne et la plus fréquente des indications
de réadaptation cardiaque.
Indications reconnues
Les suites de chirurgie coronaire : elles occupent en France la première place des
motifs de réadaptation cardiovasculaire. Outre la cardiopathie sous-jacente, la
réadaptation cardiovasculaire de ces patients pose des problèmes spécifiques liés à
la morbidité et aux complications de la chirurgie de pontage coronaire qui sont à
prendre en considération dans le déroulement de la réadaptation cardiovasculaire [14,
15].
Les suites d'infarctus du myocarde : il est à noter que l'entraînement doit être
prudent chez les patients victimes d'un infarctus antérieur étendu (il a été accusé
d'altérer la récupération de la fonction ventriculaire gauche [16]). D'autres auteurs
ne confirment pas ces faits [17, 18] mais des études complémentaires restent
nécessaires pour préciser le délai à partir duquel peut débuter le reconditionnement
à l'effort dans cette variété d'infarctus.
L'angor stable : la réadaptation est tout particulièrement indiquée en cas de
facteurs de risque associés susceptibles d'être supprimés ou corrigés, et(ou) si les
capacités fonctionnelles sont insuffisantes pour assurer des conditions de vie sociale ou
professionnelle satisfaisantes au patient.
Dans ce dernier cas, l'augmentation des performances maximales d'effort, la meilleure
tolérance des efforts sous-maximaux et l'élévation du seuil ischémique apportées par
l'entraînement physique améliorent significativement la qualité de vie de ces patients
[19, 20].
Indications possibles
- l'ischémie silencieuse ;
- l'angor stable peu symptomatique ;
- les suites d'angioplastie transluminale percutanée en l'absence d'antécédent
d'infarctus du myocarde. Peu de données sont disponibles ici : si la réadaptation
cardiovasculaire ne modifie en rien le taux de resténose, en revanche, elle permettrait
à long terme une réduction de l'incidence des pontages coronaires et des infarctus du
myocarde [21]. Quoi qu'il en soit, chez ces patients non déconditionnés par leur séjour
hospitalier, qui peuvent et doivent reprendre leurs activités quotidiennes, seule une
réadaptation ambulatoire, centrée sur la prévention secondaire, est justifiée.
Insuffisance cardiaque chronique (ICC)
Indication reconnue
L'insuffisance cardiaque chronique avec gêne fonctionnelle correspondant aux
classes II et III de la NYHA et fonction ventriculaire gauche systolique altérée.
L'adaptation à l'effort des insuffisants cardiaques chroniques est perturbée par de
nombreux mécanismes, tant centraux que périphériques, avec constitution d'une
véritable maladie autonome du muscle squelettique pouvant en partie être corrigée par
l'entraînement.
Les effets bénéfiques à court terme de la réadaptation cardiovasculaire (diminution
de la gêne fonctionnelle, accroissement des capacités maximales d'effort et de la
tolérance aux efforts sous-maximaux [22, 23]) font de l'ICC une indication légitime de
la réadaptation cardiovasculaire. Celle-ci se justifie également lorsque se discute une
indication de greffe cardiaque : les résultats du reconditionnement à l'effort
permettent d'orienter au mieux le choix thérapeutique [24] avec, dans les meilleurs cas,
une amélioration suffisante pour retarder l'inscription sur liste d'attente de greffe,
voire envisager le retrait de cette liste lorsque l'amélioration se maintient au-delà de
6 mois [25, 26]. La réadaptation cardiovasculaire et musculaire ambulatoire est
particulièrement favorable chez des patients chroniques dont les séances doivent être
répétées sur de longues périodes.
Indication possible
Dans ce même cadre peuvent entrer les patients après cardiomyoplastie, souvent très
déconditionnés, et chez lesquels persiste souvent une dysfonction systolique
ventriculaire gauche.
Il est à noter que ces 2 types d'indications sont encore récents et nécessitent des
études complémentaires permettant l'évaluation à long terme de la morbi-mortalité, de
la fonction ventriculaire gauche et précisant les modalités du réentraînement.
Greffe cardiaque
Indication reconnue
La réadaptation est indispensable chez le greffé cardiaque pour tirer le meilleur
parti du geste chirurgical : en effet, malgré une transformation spectaculaire de leur
état hémodynamique, les patients gardent une réduction non négligeable de leur
capacité d'effort, liée à la dénervation cardiaque, aux troubles de la fonction
diastolique ventriculaire gauche (notamment en cas d'hypertension artérielle
post-transplantation), enfin et surtout aux anomalies musculaires périphériques liées
au déconditionnement [27].
La phase précoce (les 3 mois suivant la greffe) est marquée par la fréquence des
complications (rejet, infection tout particulièrement) motivant une surveillance
médicochirurgicale encore étroite. Un programme « classique » de reconditionnement à
l'effort est donc rarement possible durant cette phase, et la réadaptation
cardiovasculaire sera centrée sur le soutien psychologique, la kinésithérapie
respiratoire et la restauration de l'autonomie le cas échéant.
Ce n'est qu'après cette période que le réentraînement physique à proprement parler
peut débuter, les complications étant alors moins fréquentes et la fatigabilité
moindre.
Cardiopathies valvulaires
Indication reconnue
Suites opératoires de cardiopathies valvulaires [28, 29]
La réadaptation cardiovasculaire des patients atteints de valvulopathie est apparue
après celle des patients coronariens et n'en diffère que par un programme de
kinésithérapie respiratoire plus intensif. La réadaptation cardiovasculaire va ici
permettre :
- d'évaluer le fonctionnement de la valve ou de la prothèse en « régime »
hémodynamique plus stable qu'en phase postopératoire très précoce ;
- d'apprécier les effets de la chirurgie sur la fonction cardiaque ;
- d'entreprendre l'éducation du patient quant à la prévention de l'endocardite
infectieuse ;
- enfin, de permettre au patient, souvent voué par interdit médical à une vie très
sédentaire depuis de nombreuses années, de reprendre une activité physique adaptée,
qu'il pourra poursuivre à long terme.
Indication possible
Prise en charge préopératoire des patients atteints de valvulopathie quand certains
facteurs de risque aggravant le geste chirurgical sont présents, particulièrement :
insuffisance respiratoire, obésité et/ou déconditionnement musculaire sévère.
Cardiopathies congénitales opérées à l'âge adulte
Indication possible
Bien qu'il n'existe pas d'études randomisées à long terme, la réadaptation des
cardiopathies congénitales opérées à l'âge adulte est une indication rare (mais
pratiquée) de réadaptation cardiovasculaire.
À côté des cardiopathies « simples » type communication interauriculaire,
persistance du canal artériel, communication interventriculaire... souvent opérées sans
séquelles, les progrès de la chirurgie cardiaque permettent l'arrivée à l'âge adulte
de patients atteints de cardiopathies complexes, autrefois inopérables. Le rôle de la
réadaptation cardiaque est :
- d'évaluer le handicap postopératoire résiduel de ces patients, résultant du type
plus ou moins complexe de la cardiopathie, de la fonction myocardique préopératoire, de
l'âge du patient lors de la réparation chirurgicale, de lésions secondaires
éventuellement associées, en particulier pulmonaires, et du type de l'intervention ;
- d'établir en fonction de ce bilan et des résultats des épreuves fonctionnelles, un
programme de reconditionnement à l'effort, tenant compte des limitations ou des
contre-indications et en particulier d'une hypertension artérielle pulmonaire résiduelle
;
- d'entreprendre enfin, comme chez les valvulaires, la prophylaxie de l'endocardite
infectieuse (dans les cardiopathies congénitales à risque postopératoire persistant
d'endocardite).
Hypertension artérielle légère
Indication possible
L'entraînement physique modéré en endurance, associé au contrôle d'autres facteurs
associés à l'hypertension artérielle (surcharge pondérale, intoxication éthylique,
stress psychologique...), constitue l'un des traitements de première intention, non
pharmacologiques, de l'hypertension légère selon les recommandations de l'OMS.
Si les études démontrent l'effet bénéfique d'un exercice régulier sur les chiffres
tensionnels (abaissement significatif des pressions artérielles systolique et
diastolique), en revanche, les résultats à long terme de la réadaptation
cardiovasculaire concernant la morbi-mortalité et l'évolution de l'hypertrophie
ventriculaire gauche chez l'hypertendu ne sont pas connus [30].
Artériopathie des membres inférieurs
Indication reconnue
Artériopathie chronique oblitérante des membres inférieurs aux stades évolutifs
2 et 3 de la classification de Leriche et Fontaine
L'artériopathie des membres inférieurs est fréquemment associée à d'autres
localisations artérielles de la maladie athéromateuse, notamment coronaire. Le
cardiologue doit tenir compte de ce contexte dans la prescription de la réadaptation
cardiaque ; le programme fait chez des malades ambulatoires, non hospitalisés, comprendra
entraînement en endurance à base de marche, éventuellement en milieu aquatique chaud,
séances de kinésithérapie respiratoire et des membres inférieurs, et aide à la
prévention secondaire (particulièrement pour le sevrage tabagique). Ainsi conçue, et
prolongée au moins 6 à 12 semaines, la réadaptation cardiovasculaire permet une
progression des capacités maximales et sous-maximales à l'effort, se traduisant par une
amélioration sensible du périmètre total de marche, avec recul de l'apparition du seuil
douloureux [31]. Ces modalités sont valables également après chirurgie de
revascularisation des membres inférieurs.
Cas particuliers
Indications reconnues
Population féminine
Comme souvent en pathologie cardiaque, les données concernant la réadaptation
cardiovasculaire chez les femmes sont rares, dispersées, parfois contradictoires. Cela
est lié à la moindre fréquence chez la femme de la maladie coronaire, à son âge de
survenue plus tardif, à la moindre habitude qu'a la femme de l'exercice physique,
l'ensemble de ces faits concourant à un recours plus rare à la réadaptation
cardiovasculaire que dans la population masculine. Néanmoins, l'utilité d'une
réadaptation cardiovasculaire après accident coronaire se justifie (outre
l'amélioration des capacités à l'effort), par un retentissement psychologique de la
maladie souvent plus marqué que chez l'homme, et par certains facteurs de risque plus
fréquemment retrouvés chez la femme (diabète, hypertension artérielle) ou de
prévalence croissante chez elle (tabagisme), qui justifient l'éducation de la patiente
[32]. Il en va de même dans l'insuffisance cardiovasculaire chez les malades âgées que
leur faiblesse musculaire risque de priver de leur autonomie.
Population âgée
Le nombre absolu et le pourcentage des personnes âgées tendent à augmenter
régulièrement, avec de ce fait une prévalence élevée de maladies cardiovasculaires
chez celles-ci. De plus, les indications chirurgicales et interventionnelles, fréquemment
posées chez ces personnes, motivent une demande croissante de réadaptation
cardiovasculaire. Celle-ci se caractérise par des objectifs visant essentiellement à
améliorer la qualité de vie et le maintien de l'autonomie de la personne âgée, et par
un reconditionnement à l'effort, tenant compte d'affections fréquemment associées
(ostéo-articulaires, bronchopulmonaires, neuropsychologiques...) et du mode de vie du
patient. Dans ces conditions, la réadaptation cardiaque permet une amélioration souvent
spectaculaire des capacités physiques maximales, mais aussi des efforts sous-maximaux
(baisse de la lactacidémie, du quotient respiratoire et de la ventilation pour les mêmes
niveaux d'exercice) [33].

Contre-indications au reconditionnement à l'effort
Dans le contexte global de réadaptation, les contre-indications citées ne concernent
que le volet « reconditionnement à l'effort », et non pas les autres composantes du
programme.
Ces contre-indications de la réadaptation cardiovasculaire sont représentées
essentiellement par :
- l'angor instable ;
- l'insuffisance cardiaque décompensée ;
- les arythmies ventriculaires sévères ;
- l'hypertension artérielle pulmonaire (pression artérielle pulmonaire systolique
supérieure à 60 mmHg) ;
- l'hypertension artérielle sévère ;
- les thrombus intracavitaires volumineux et/ou pédiculés ;
- l'épanchement péricardique de moyenne à grande abondance ;
- les antécédents récents de thrombophlébite avec ou sans embolie pulmonaire ;
- les myocardiopathies obstructives sévères ;
- le rétrécissement aortique serré ou symptomatique ;
- les affections inflammatoires ou infectieuses évolutives ;
- les handica
- ps locomoteurs interdisant réellement la pratique de l'exercice.

Modalités pratiques de la réadaptation cardiovasculaire
Contenu du programme
Conformément à la nécessité d'une prise en charge globale du cardiaque contenue
dans la définition de l'OMS [13], la réadaptation cardiovasculaire représente un
ensemble d'interventions, comprenant l'évaluation fonctionnelle et la stratification du
risque du patient, la prescription d'un programme de reconditionnement adapté, la prise
en charge des facteurs de risque, l'aide à la réinsertion professionnelle et
l'éducation des patients.
Stratification du risque évolutif
L'évaluation du pronostic du patient est importante à réaliser avant le début de la
réadaptation cardiovasculaire car elle permet d'orienter le type de réentraînement et
son mode de surveillance. Il est à noter que cette stratification du risque évolutif a
été réalisée jusqu'alors essentiellement pour les cardiopathies ischémiques, et plus
particulièrement dans les suites d'infarctus du myocarde. Des échelles ont été
réalisées à partir d'études validées [10, 11] : les paramètres retenus sont pour
l'essentiel la présence d'une ischémie résiduelle, d'une dysfonction ventriculaire
gauche, et d'une dysrythmie ventriculaire, le tout étant bien apprécié par la capacité
fonctionnelle à l'effort. Nous avons retenu et adapté ces différents critères, qui
permettent la classification en patients à risque évolutif faible, moyen ou élevé
(tableau I).
Reconditionnement à l'effort
Bien que la durée de l'alitement soit souvent très réduite de nos jours en milieu
hospitalier, l'entraînement physique reste cependant un élément essentiel de
réadaptation.
L'épreuve d'effort ne sera envisagée ici que dans son utilisation dans le cadre de la
prescription, de la surveillance et de l'évaluation du reconditionnement à l'effort. Les
tests d'effort doivent répondre aux critères de sécurité retenus pour les épreuves
d'effort chez les cardiaques en général [34].
La prescription de l'entraînement est déterminée par un premier test d'effort
limité par les symptômes ; le choix du matériel ergométrique utilisé (bicyclette,
tapis roulant, cycloergomètre à bras...) sera fonction du type d'activité
habituellement pratiquée par le patient ou d'éventuelles affections orthopédiques
associées. Au cours de ce test, seront particulièrement notés : les signes subjectifs
relevés lors de l'interrogatoire systématique du patient (degré de pénibilité,
dyspnée, douleur thoracique...) ; le profil évolutif de la fréquence cardiaque et de la
pression artérielle ; l'apparition d'anomalies électrocardiographiques (notamment
troubles de la repolarisation ventriculaire, arythmies supraventriculaires ou
ventriculaires, troubles conductifs, et leur degré de sévérité) ; l'apparition
d'anomalies électrocardiographiques (notamment troubles de la repolarisation
ventriculaire, arythmies supraventriculaires ou ventriculaires, troubles conductifs, et
leur degré de sévérité) ; l'apparition de modifications hémodynamiques anormales
telles que chute ou absence d'élévation tensionnelle, pâleur, sueurs froides...
témoignant d'un bas débit cardiaque et imposant l'arrêt immédiat de l'effort. Le test
d'effort sera reconduit en cours de réadaptation cardiaque en cas d'apparition de
nouveaux symptômes, ou de modifications thérapeutiques jouant sur la fonction
chronotrope. En fin de phase II, le test d'effort permettra une évaluation objective des
effets du reconditionnement et des possibilités physiques du patient dans sa vie
socio-professionnelle (tableau II, page suivante). Il est souhaitable qu'au moins un test
d'effort « démaquillé » soit réalisé en cours de séjour afin de démasquer tout
risque d'arythmie ou d'ischémie myocardique pouvant remettre en question le reclassement
professionnel ou la stratégie thérapeutique. Ce test ne devra cependant être pratiqué
que chez des patients asymptomatiques sous traitement et après arrêt progressif
d'éventuel traitement bêtabloquant.
La mesure des échanges gazeux couplée au test d'effort apporte un complément à cet
examen par l'évaluation de paramètres tels que la consommation maximale d'oxygène (VO2
max) ou plus précisément le « pic de VO2 » témoin des capacités du métabolisme
aérobie du patient et le seuil ventilatoire anaérobie. Ce seuil ventilatoire anaérobie
malgré ses limites (signification physiopathologique encore incertaine, détermination
parfois difficile) présente un intérêt pratique indéniable car c'est un paramètre
obtenu pour un effort sous-maximal, indépendant de la motivation du patient (ce qui n'est
pas le cas pour le pic de VO2) ; il s'agit par ailleurs d'une donnée permettant
d'évaluer l'efficacité du réentraînement, et la part de l'insuffisance respiratoire à
l'origine de la dyspnée (chez des patients dont 50 % en moyenne sont fumeurs).
Détermination de l'intensité de l'entraînement en endurance : notion de fréquence
cardiaque d'entraînement (FCE). L'intensité de l'entraînement doit être déterminée
de façon optimale afin d'améliorer les capacités fonctionnelles et cardiovasculaires à
l'effort, tout en limitant au maximum les complications possibles, cardiovasculaires ou
orthopédiques. En phase II de réadaptation cardiovasculaire, la prescription
recommandée est d'atteindre 60 % de la VO2 max, soit 70 à 75 % de la fréquence
cardiaque maximale obtenue lors du test d'effort (ce qui correspond habituellement au
seuil anaérobie). L'épreuve d'effort va donc permettre de chiffrer une fréquence
cardiaque « cible » ou fréquence cardiaque d'entraînement (FCE) qui est la fréquence
cardiaque moyenne qui devra être atteinte lors des sessions d'endurance. Cette fréquence
cardiaque d'entraînement est obtenue, soit directement par lecture de la fréquence
cardiaque atteinte à l'épreuve d'effort lors de l'apparition du seuil anaérobie, quand
le test est couplé à la mesure des paramètres ventilatoires, soit indirectement par
calcul en tenant compte de la fréquence cardiaque de repos (Fcr) et de la fréquence
cardiaque maximale (FC max) : FCE = Fcr +75 % (FC max &endash; Fcr) [35]. Il est noter
que la prescription large des bêtabloquants après infarctus, voire après pontage
coronaire, rend dans certains cas difficiles l'utilisation de cette fréquence cardiaque
d'entraînement ; on s'aidera alors au mieux des sensations ventilatoires de l'échelle de
Borg, et surtout de l'apport des mesures du seuil ventilatoire anaérobie lors du test
d'effort.
Organisation pratique des sessions en endurance : la durée d'exercice nécessaire pour
obtenir un effet significatif de reconditionnement varie en raison inverse de l'intensité
: la durée optimale semble être de 30 minutes, qui sera atteinte progressivement en cas
de déconditionnement important.
Programme d'une séance : chaque session comportera une période d'échauffement de 5
à 10 minutes permettant l'augmentation graduelle de la fréquence cardiaque jusqu'à la
fréquence cardiaque d'entraînement désirée, ce qui limite les risques d'ischémie ou
de troubles rythmiques liés aux efforts brutaux, ainsi que les complications
musculo-articulaires. La phase d'endurance proprement dite peut être maintenue en plateau
à charge constante, en faisant alterner des périodes de moindre intensité et des pics
d'activité (entraînement intermittent) : chaque approche a ses avantages,
l'entraînement en plateau privilégie l'amélioration des capacités d'endurance, «
l'entraînement intermittent » accroît en plus la force musculaire, et est mieux
supporté chez les patients déconditionnés ou à seuil ischémique bas. Une période de
récupération d'au moins 5 minutes termine la séance.
La périodicité préconisée des séances est de 3 à 5 par semaine. En phase II, un
nombre minimal de 20 séances est nécessaire pour obtenir une amélioration mesurable.
Les types d'activité proposés doivent répondre aux critères d'activité aérobie et
pouvoir être à long terme facilement accessibles et agréables pour le patient : sont
ainsi préconisées les activités de marche rapide, le « jogging », le cyclisme, la
natation, le cyclorameur, l'aviron... ces activités étant toutes également efficaces.
Parallèlement à ces séances d'endurance, des cours de gymnastique au sol ou en milieu
aquatique viendront compléter le reconditionnement à l'effort, par un travail incluant
les membres supérieurs, et améliorant la coordination, la souplesse et la force
musculo-ligamentaires.
Surveillance des séances : en phase II, les premières séances de reconditionnement
s'effectuent obligatoirement sous surveillance d'une dérivation électrocardiographique.
Progressivement, en l'absence de complication, l'éducation du patient à la « gestion »
de sa séance doit permettre l'autosurveillance qui devra être pratiquée en phase III.
Éducation du patient au cours du cycle de réadaptation
Parallèlement à la lutte contre la sédentarité, la correction des autres facteurs
de risque est indispensable car elle représente la clé du succès à long terme de cette
réadaptation. Il s'agit sans doute de la part la plus difficile de la réadaptation
cardiaque car elle remet en cause les habitudes de vie du patient et teste sa
persévérance : la prise en compte de l'environnement social et familial, des motivations
du patient, les explications réitérées concernant les objectifs à atteindre sont
déterminants pour l'application des conseils hygiéno-diététiques. Cette éducation
comporte des séances d'information, des conseils pratiques faciles à appliquer dans la
vie quotidienne du patient, qu'il s'agisse de son alimentation, de son activité physique,
du sevrage du tabac ou de méthodes de relaxation.
Les critères de référence concernant le dépistage et la correction des différents
facteurs de risque ont été récemment réactualisés [36] et ne seront donc pas
détaillés dans ces recommandations.
Évaluation des possibilités de reprise du travail
La phase de réadaptation est un moment idéal pour évoquer avec le patient ses
possibiilités de réinsertion professionnelle. En effet, le délai de 3 à 4 semaines
permet d'évaluer les caractéristiques du poste de travail, les capacités de
récupération du patient, et les motivations professionnelles. Une consultation
d'aptitude au travail est nécessaire pour optimiser la reprise professionnelle [37, 38]
qui sera déterminée par l'état clinique du patient, les contraintes de son poste de
travail, mais aussi et surtout par son environnement psycho-social. Avec l'accord du
patient, les informations nécessaires à la reprise du travail seront communiquées au
médecin du travail afin que ce dernier puisse favoriser l'aménagement d'un poste de
travail adapté, en coordination avec le médecin et le cardiologue traitants. Les
patients seront informés des risques de perte d'emploi liés à un arrêt de travail
prolongé : la visite de préreprise, possible et souhaitable pour chaque salarié avec
son médecin du travail, est un moyen efficace pour réaliser cette réinsertion dans les
meilleurs délais et conditions.

Structures et personnel de la réadaptation cardiovasculaire
S'inscrivant administrativement dans le cadre des « Services de soins de suite et de
réadaptation », les Unités de réadaptation cardiovasculaire doivent permettre la
poursuite de la surveillance et de l'évaluation cliniques et paracliniques des patients,
ainsi que la prescription et la mise en Ïuvre de l'entraînement et des différentes
mesures de prévention secondaire.
Locaux
Les séances de réadaptation cardiovasculaire peuvent être pratiquées, soit dans un
centre spécialisé en réadaptation cardiovasculaire (autonome, ou faisant partie d'une
structure de réadaptation fonctionnelle polyvalente dont il est l'un des départements),
soit dans les unités de réadaptation cardiovasculaire appartenant à des services
hospitaliers publics ou privés, rattachés le plus souvent aux services de cardiologie.
Dans tous les cas, ces locaux doivent être situés à proximité immédiate d'un secteur
d'hospitalisation, qui peut être :
- soit une unité de soins intensifs de cardiologie ;
- soit une unité de réanimation médicale polyvalente ;
- soit une unité de réanimation chirurgicale (ou une salle de réveil) ;
- soit, lorsque l'entraînement est réalisé dans un centre de réadaptation
cardiovasculaire, un local équipé d'un ou plusieurs lits de réanimation permettant la
surveillance et la poursuite des soins avant le transfert éventuel en unités de soins
intensifs de cardiologie.
Matériel
Pour l'évaluation fonctionnelle du patient et la prescription des modalités de
l'entraînement :
- un électrocardiographe et un tensiomètre ;
- un système d'épreuve d'effort informatisé avec un moyennage des complexes
ventriculaires. Cette épreuve d'effort pourra être couplée à la mesure directe des
paramètres ventilatoires par ergospiromètre. Dans tous les cas, les conditions de
réalisation des tests d'effort doivent être en tous points comparables à celles
préconisées pour les tests d'effort réalisés chez les cardiaques en général ;
- un écho-doppler cardiaque ;
- un système d'enregistrement ambulatoire de l'ECG type Holter.
Cette évaluation n'es pas nécessairement effectuée dans le service de réadaptation.
Pour la surveillance des séances d'entraînement : dans toutes les salles
d'entraînement en endurance, la surveillance d'une dérivation électrocardiographique
(par scope ou télémétrie) doit être possible pour chaque patient. Toutes les salles
d'entraînement doivent être munies d'un dispositif d'appel (téléphone ou autre) pour
les cas d'urgence.
Matériel de réentraînement : celui-ci doit être diversifié pour permettre le
travail en endurance et en résistance douce des membres inférieurs et supérieurs :
bicyclette ergométrique, tapis roulant, cycloergomètre à bras ou bancs de musculation
segmentaire..., ainsi que matériel de gymnastique (tapis de sol, bâtons, barres
d'appui...).
Matériel pour traitement des complications : sur place, dans les salles d'épreuve
d'effort, et à proximité immédiate dans les salles d'entraînement, doivent se trouver
:
- un brancard avec potence pour les perfusions ;
- un électrocardiographe ;
- un tensiomètre ;
- un défibrillateur agréé dont le fonctionnement est régulièrement vérifié ;
- un chariot d'urgence pour les traitements de première nécessité avec médicaments et
matériel permettant injections et perfusions ;
- une arrivée d'oxygène avec matériel de ventilation manuelle et d'intubation
trachéale ;
- un système d'aspiration avec le vide.
Personnel
Le médecin en charge de la réadaptation cardiovasculaire doit être obligatoirement
spécialisé en cardiologie. Il est responsable de l'indication, de la prescription, de la
surveillance de la réadaptation cardiovasculaire, du suivi du patient et de l'adaptation
thérapeutique.
Sa présence constante dans la salle d'entraînement n'est pas nécessaire si la
surveillance est déjà assurée par un personnel paramédical rompu aux techniques de
réentraînement et de réanimation cardiovasculaire, mais le cardiologue doit pouvoir
intervenir immédiatement sur place en cas d'appel d'urgence.
Le personnel paramédical (infirmiers et masseurs kinésithérapeutes) doit avoir reçu
une formation spécifique en épreuves d'effort, entraînement physique, et réanimation
en pathologie cardiovasculaire.
Pour une surveillance efficace, le nombre de patients encadrés par le
kinésithérapeute ou l'infirmier lors d'une séance d'endurance ne doit pas excéder 8,
et lors des séances gymniques ou de kinésithérapie respiratoire, le groupe ne doit pas
dépasser 15 personnes. L'équipe de réadaptation cardiovasculaire doit s'occuper
également de la prise en charge diététique et psychologique des patients, assurée au
mieux par une diététicienne et un psychologue.
De plus, en fonction des possibilités locales, l'équipe pourra être complétée par
d'autres spécialistes médicaux (médecins du travail, nutritionnistes...) ou d'autres
professionnels de santé (ergothérapeute, assistante sociale...).

Stratégie du programme de réadaptation cardiaque
La diversité des patients admis en réadaptation cardiaque est
grande comme l'atteste la multiplicité des indications. Les objectifs et les modalités
des programmes devront donc être personnalisés en fonction de l'âge, du mode de vie et
de l'atteinte cardiaque de chacun. De ce fait la consultation initiale comporte
obligatoirement l'évaluation de l'état somatique et du profil psychologique du patient,
la détection de ses facteurs de risque et la connaissance de son poste de travail.
Actuellement, le risque évolutif de ces patients est bien codifié à partir de critères
cliniques ou paracliniques (voir supra) qui vont permettre d'orienter le choix vers une
réadaptation, soit ambulatoire (hospitalisation de jour), soit en « internat »
(hospitalisation complète), avec ou sans surveillance monitorée systématique.
Seront plus particulièrement sélectionnés pour une
réadaptation ambulatoire :
- les patients habitant à proximité d'un service de réadaptation
cardiovasculaire ;
- ceux qui ont été victimes d'un infarctus du myocarde non
compliqué ;
- les angineux stables ;
- les insuffisants cardiaques stabilisés ;
- les patients souffrant d'artérite des membres inférieurs ;
- les greffés cardiaques, après les 3 premiers mois
postopératoires en dehors de toute complication évolutive ;
- les autres opérés de chirurgie cardiaque, passé la 3e semaine,
et en l'absence de complication évolutive.
À l'inverse, les indications de réadaptation cardiovasculaire
en hospitalisation s'adressent :
- aux patients habitant loin du lieu de réadaptation ;
- aux victimes d'un infarctus du myocarde avec complications graves
en phase aiguë, et/ou dont le risque est évalué significatif lors de la reprise de
l'activité physique ;
- aux insuffisants cardiaques récemment stabilisés ;
- aux greffés cardiaques sans complications après les 3 premiers
mois ;
- aux autres opérés cardiaques durant les 3 premières semaines
postopératoires.
Il est bien sûr de nombreux cas intermédiaires, et les
modalités de la réadaptation peuvent évoluer en cours même de réadaptation
cardiovasculaire.

Conclusion
Ces recommandations tiennent compte des résultats d'une enquête
nationale préalable et des acquis récents dans cette discipline. Ce texte est le reflet
des connaissances et pratiques actuelles, et est susceptible bien sûr d'évoluer dans le
futur.
Recommandations préparées par les membres du Groupe de
travail « Évaluation fonctionnelle et réadaptation des cardiaques » de la Société
française de cardiologie.
Rédaction : C. Monpère, Ph. Sellier, J.-P. Broustet.
Groupe de réflexion et d'éthique : G. Nicolas.
Groupe de relecture : J.-P. Bounhoure, N. Danchin, J.-P.
Delahaye, S. Demange, C. Guérot, J.-M. Lablanche, F. Leroy, D. Marcadet, J.-P. Monassier,
J.-P. Roquebrune, A. Saint-Pierre et J.-M. Scholl.
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